Changement du commandement indien: contre-terrorisme et renseignement

Samedi 17 Décembre, le gouvernement Indien a annoncé le nom des nouveaux grands commandants suivant: Armée de Terre, Armée de l’Air, « Intelligence Bureau » (IB: service de renseignement intérieur) et « Research & Analysis Wing » (RAX: service de renseignement extérieur). Le gouvernement a désigné le nouveau Chef d’Etat Major de l’Armée de Terre (Chief of Army Staff, COAS), en la personne du Lt General Bipin Rawat, issu de l’infanterie. Cette nomination a créé une polémique car le général Rawat, bien qu’issu du corps des Gorkha comme le général Dalbir Singh qu’il remplace, n’est pas l’officier général le plus gradé, comme le veut la « tradition ».

Le Lt General Bipin Rawat avec le chapeau spécifiquement des Gorkha.

Le Lt General Bipin Rawat avec le chapeau spécifiquement des Gorkha.

Les deux officiers généraux les plus gradés qui pouvaient prétendre au poste de COAS sont le général Baksi, issu de l’Arme Blindée Cavalerie, et le général Hariz, issu de l’Infanterie Mécanisée. La polémique semble plus avoir une origine de « guerre de chapelle » que de compétence, puisque ce n’est pas la première fois que l’officier général le plus gradé ne succède pas au COAS sortant. Le gouvernement a du précisé qu’il s’agissait d’une nomination au mérite, compte tenu de l’expérience du général Rawat, plutôt que pour toute autre raison « politique ». La sélection se fait parmi les officiers généraux ayant en charge un commandement.

"The Nusseree Battalion later known as the 1st Gurkha Rifles circa 1857"

« The Nusseree Battalion later known as the 1st Gurkha Rifles circa 1857 »

Le Lt General Bipin Rawat avait jusqu’à sa nomination la charge du commandement « Southern Army« . Outre sa carrière dans l’infanterie, des postes en états major ou à l’académie militaire de Dehradun, il a commandé une brigade multi-nationale de la MONUSCO en République Démocratique du Congo. Il a également été formé aux Etats Unis (Higher Command Course de Fort Leavenworth) et est titulaire d’un Doctorat de Philisophie de l’université de Meerut (principale base et école de l’infanterie), dans le domaine des relations entre médias et monde militaire. En 1987, il commandait un bataillon qui a combattu l’armée Chinoise.

Soldats Indiens capturés par l'Armée Chinoise durant la guerre de 1962

Soldats Indiens capturés par l’Armée Chinoise durant la guerre de 1962

Enfin en Juin 2015, après la mort dans une embuscade de 18 soldats indiens par des insurgés Naga dans l’état du Manipur bordant le Myanmar, il dirigea une opération de représailles contre ces militants au delà de la frontière, menée par le « 21st Para » (forces spéciales) du IIIème Corps d’Armée qu’il commandait alors. Cet épisode a peut être joué dans sa nomination tant le gouvernement a souligné que dans la situation actuelle, le contre-terrorisme et la contre-insurrection étaient des sujets prioritaires. Le Général Rawat a également eu un commandement, à la tête de la 19ème Division, dans la région frontalière Inde-Pakistan-Chine du Jammu et Cachemire (J&K).

Carte de la région du Jammu et Cachemire - la frontière du Nord Ouest

Carte de la région du Jammu et Cachemire – la frontière du Nord Ouest

Le renseignement dans cette situation est essentiel. Les nouveaux chefs des deux principaux services sont Rajiv Jain pour l’IB et Anil Dhasmana pour le RAW, pour une une durée de deux ans. Jain, qui était déjà « special director » est un policier entré à l’IB en 1989, spécialiste des mouvements islamistes. Dhasmana est également un policier qui a passé 23 ans au sein du service extérieur où il s’occupait en particulier du « desk » Pakistan. Les deux étaient déjà prévus pour prendre la place des directeurs sortants, au titre de leur ancienneté dans les services, avec une expérience sur le Pakistan (dont le Balochistan) mais aussi sur la région du J&K et l’Afghanistan.

Anil Kumar Dhasmana (L), a 1981-batch IPS officer, will head the R&AW. Rajiv Jain (R), a 1980-batch Jharkhand cadre IPS officer, is the new IB chief.

Anil Kumar Dhasmana (L), a 1981-batch IPS officer, will head the R&AW. Rajiv Jain (R), a 1980-batch Jharkhand cadre IPS officer, is the new IB chief.

L’IB a été créé en 1947 lors de l’indépendance de l’Inde, à partir du « Central Intelligence Bureau » existant sous l’ère britannique, au sein du ministère de l’intérieur. En 1885, un premier département du renseignement intérieur, en charge de la surveillance de la frontière du Nord Ouest, avait été créé au sein de l’armée des Indes. Puis en 1909, un « Indian Political Intelligence Office » fut créé pour surveiller les mouvements « révolutionnaires » indiens, renommé « Indian Political Intelligence » en 1921.  Fort de 25000 personnes, il est en charge de la sécurité intérieure, de la surveillance des mouvements extrémistes et terroristes, ainsi que du contre espionnage.

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Le RAW a été créé en 1968 à partir de l’IB suite à l’échec de celui ci pour prévenir l’attaque de la Chine en 1962, et la guerre contre le Pakistan en 1965. Il devint alors logique de créé un organisme indépendant dédié au renseignement extérieur (Chine, Pakistan, Bangladesh, Afghanistan, Sri Lanka), au contre terrorisme, et opérations visant à défendre les intérêts stratégiques de l’Inde, dont le renseignement économique. Le RAW participe également à la sécurité du programme nucléaire. Il dépend directement du Premier Ministre. Il dispose enfin d’une branche d’action clandestine, dont le Pakistan dénonce régulièrement les opérations sur son territoire.

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Les autres services de renseignement indiens sont: la « Defence Intelligence Agency » (service militaire avec plusieurs branches); le « Signals Intelligence Directorate » (service militaire dédié aux interceptions); plusieurs services dédiés aux affaires financières et fiscales; et enfin une « National Technical Research Organisation » dépendant du « National Security Advisor » sous les ordres du Premier Ministre, également en charge des interceptions. Le « Cabinet Secretariat » du Premier Ministre dispose enfin d’un « Joint Intelligence Committee » (JIC) pour coordonner les actions et exploiter les renseignements issus des différents services.

Principaux organismes de renseignement indiens

Principaux organismes de renseignement indiens

Avec la création du « National Security Council » (NSC) en 1999, le rôle du JIC fut réduit et certaines de ses tâches fusionnées avec le NSC. A noter que le RAW, qui n’est pas à proprement parler une agence mais une « aile » (wing) du « Cabinet Secretariat« , n’a pas à répondre aux demandes du parlement. Si ces services sont parfois critiqués pour leur efficacité (comme lors des attentats de Bombay en 2008), ou connaissent des crises internes voire des défections, ils ont un rôle central dans la lutte contre les mouvements terroristes « internes » (Naga et Naxals) ou « externes » (Al Qaeda et Etat Islamique) sur le territoire indien ou à l’étranger.

Inde – Etats Unis : convergences ou divergences ?

Carter - Parrikar

U.S. Defense Secretary Ashton Carter, right, walks with Indian Defense Minister Manohar Parrikar after receiving a ceremonial welcome in New Delhi, India, Wednesday, June 3, 2015

Parmi les théâtres d’opérations militaires de la 2ème guerre mondiale, il en est un moins connu que ne l’est l’Europe (ouest ou est) ou même l’Asie Pacifique où l’affrontement fut, par certains aspects, plus important d’ailleurs qu’en Europe. Le théâtre Birman, ou campagne de Birmanie, opposa les forces armées Britanniques, alliées à la Chine, et soutenues par les Etats Unis, aux forces Japonaises, alliées à la Thaïlande avec même des troupes de l’Indian National Army[i]. Ainsi de 1942 à 1945, des troupes américaines se battirent aux côtés des troupes Indiennes de l’armée Britannique.

De par leur implication sur ce théâtre, et les aspirations d’indépendance de l’Inde, le Président Roosevelt soutint cette revendication ce qui créa des tensions avec le Royaume Uni de Winston Churchill. Certains scientifiques indiens, comme Piara Singh Gill, participèrent au projet Manhattan, avant de participer au programme nucléaire indien après l’indépendance. Le programme indien fut lancé avant 1947, dès 1944, où un autre scientifique, le Docteur Homi Jehangir Bhabha, créa le Tata Institute of Fundamental Research.

Malgré ces prémices de coopérations sur des questions stratégiques, la période postindépendance ne fut pas très favorable pour les relations entre l’Inde et les Etats Unis. Ces derniers se rapprochaient du Pakistan, et l’Inde se dirigeait vers un statut de neutralité, comme pays non aligné, tout en développant des relations diplomatiques avec l’URSS dès 1955. S’il y eut une éclaircie pendant la présidence de Kennedy, sur fond d’anticommunisme face à la Chine (à l’occasion de la guerre Sino-Indienne de 1962), les relations se détériorèrent à nouveaux après son assassinat.

Les Etats Unis continuaient de supporter le Pakistan, alors même que celui attaquait l’Inde. En 1974, l’Inde conduisit son premier essai nucléaire. Mais les Etats Unis ne jugèrent pas cet essai comme violant les traités en vigueur et donnèrent à l’Inde de l’uranium enrichi pour le réacteur de Tarapur, construit en 1963 par Bechtel et General Electric. Durant les années 1980, les relations entre les deux pays devaient s’améliorer, après le retour au pouvant d’Indira Gandhi et après l’invasion soviétique de l’Afghanistan, anciennement pays frontière de l’Inde avec l’Asie Centrale.

L’Inde commença à acheter des équipements de défense aux Etats Unis, incluant des avions de chasse F5, des ordinateurs ou des radars. En 1984, les Etats Unis approuvèrent l’exportation de turbines à gaz pour équiper des frégates de l’Indian Navy ou des moteurs d’avions pour le programme Light Combat Aircraft[ii]. Si le début des années 90 connut une amélioration des relations indo-américaines, un nouvel « incident » eut lieu en 1998 lorsque l’Inde mena une série de nouveaux essais nucléaires[iii].

Cette fois ci, les Etats Unis réagirent, différemment qu’en 1974, en condamnant fermement ces essais jusque devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies. Le Président Clinton imposa des sanctions économiques à l’encontre de l’Inde, incluant l’arrêt des aides militaires et économiques, gelant les avoirs des sociétés publiques indiennes déposés dans des banques américaines, interdisant des prêts aux pays, mettant un embargo sur les exportations d’uranium et technologies aéronautiques. Cependant ces sanctions furent inefficaces face à l’Inde.

Celle-ci connaissait alors une forte croissance économique et la quasi-totalité des pays, à l’exception du Japon, devait maintenir des relations économiques avec elle. Ainsi dès 2000, Bill Clinton visita l’Inde pour relancer les discussions bilatérales. A cette occasion, le US Science & Technology Forum fut créé. Depuis d’autres « forum » de coopération ont été créés, comme le très actif US India Business Council. La diaspora indienne aux Etats Unis estimée à plus de 3 millions est influente, de nombreux américains d’origine indienne ou des émigrés étant nommés à des postes importants.

En 2005, l’Inde et les Etats Unis signèrent le US India Civil Nuclear Agreement portant sur la séparation des activités nucléaires civiles et militaires sous la supervision de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique. Cet accord permet à l’Inde de continuer son programme militaire tout en ouvrant 35 installations nucléaires civiles aux inspections internationales. L’Inde est une exception, puisqu’elle est le seul pays à pouvoir commercer des équipements et matériaux nucléaires sans être signataire du Non Proliferation Treaty et en développant ses armements nucléaires.

Depuis les Etats Unis cherchent à renforcer leurs relations avec l’Inde que ce soit au plan économique ou stratégique. Marqué en 2010 par la visite du Ministre des Affaires Etrangères indien à Washington[iv], ce dialogue vise à rapprocher les Etats Unis d’un pays clé en Asie. Economiquement et militairement, l’Inde affirme, ou réaffirme, sa place dans « son océan », à l’échelle régionale, vers l’Asie Centrale et vers l’Asie du Sud-Est. Ce positionnement intéresse les Etats Unis par rapport à leur propre pivotement vers l’Asie Pacifique et pour contenir l’expansionnisme chinois.

Sur le plan strictement militaire, les Etats Unis ont récemment vendu à l’Inde des matériels militaires utiles à sa stratégie de contrôle de ses frontières terrestres, aériennes ou maritimes : des avions de surveillance P-8 Poseidons, des avions de transport C-17 ou des moteurs d’avions. Des exercices communs ont été menés, y compris dans le domaine du contre-terrorisme avec également un partage de renseignements. Même si ces coopérations se développent, l’Inde garde son indépendance sur de nombreux points, à commencer par ses relations avec la Russie.

On le voit, la récente visite du Secrétaire d’Etat Américain à la Défense, Ashton Carter, en Inde est l’aboutissement d’un long processus de convergences et de divergences entre l’Inde et les Etats Unis[v]. Cette visite a permis la signature du Defence Framework Agreement et du Defence Technology and Trade Initiative (DTTI), qui vont permettre de développer des coopérations dans la R&D et l’industrie, selon la politique du « Make In India« , comme l’a rappelé l’ambassadeur américain en Inde, Richard Verma, qui est d’origine indienne.

Cette visite est la suite logique de celle de Barack Obama en Janvier 2015 à l’occasion de la fête nationale indienne. Dès son arrivée, le Président Américain et le Premier Ministre Indien avaient annoncé la signature d’un accord pour débloquer des milliards de dollars dans le domaine nucléaire, dans la continuation du premier accord signé en 2005. La priorité en matière de défense n’est pas tellement de vendre du matériel américain à l’Inde, mais de développer des matériels en commun.

L’Inde est particulièrement intéressée par le domaine des drones et des porte-avions, équipements dont elle a besoin pour accroitre ses capacités de contrôle de ses frontières terrestres et de projection de ses forces maritimes. Sur ce dernier point, et dans le cadre de la DTTI, l’Inde et les Etats Unis envisage une coopération sur le développement de la nouvelle génération de catapulte électromagnétique (08 – EMALS)[vi].

Même si l’Inde ne s’est jamais laissée enfermer dans une relation « mono latérale », elle ne peut ignorer les Etats Unis, tant ceux-ci sont importants sur les plans économiques, diplomatiques ou militaires. Si elle réaffirme sa présence à l’échelle régionale, et si de nombreux pays la courtise, elle n’est pas encore une grande puissance militaire ni un acteur diplomatique central, hormis l’attention qu’on lui porte à Paris, Moscou, Tokyo ou Pékin, à chaque fois pour des raisons différentes.

Références
i L’Armée nationale indienne (hindi : Azad Hind Fauj) était une force armée fondée en 1942 par des indépendantistes indiens, qui s’allièrent au Troisième Reich et à l’Empire du Japon durant la Seconde Guerre mondiale, avec pour finalité de renverser le Raj britannique et d’obtenir l’indépendance de l’Inde.
ii Déjà en 1984, le LCA était prévu pour remplacer à terme les déjà vieillissant MiG-21, sujet toujours d’actualité puisque le LCA a à peine commencé à être admis en service actif dans l’Indian Air Force.
iii Pokhran-II was the series of five nuclear bomb test explosions conducted by India at the Indian Army’s Pokhran Test Range in May 1998. It was the second Indian nuclear test; the first test, code-named Smiling Buddha, was conducted in May 1974. http://en.wikipedia.org/wiki/Pokhran-II
iv « The Strategic Dialogue produced a joint statement in which the two countries pledged to « deepen people-to-people, business-to-business, and government-to-government linkages for the mutual benefit of both countries and for the promotion of global peace, stability, economic growth and prosperity. » It outlined extensive bilateral initiatives in each of ten key areas: (1) advancing global security and countering terrorism, (2) disarmament and nonproliferation, (3) trade and economic relations, (4) high technology, (5) energy security, clean energy, and climate change, (6) agriculture, (7) education, (8) health, (9) science and technology, and (10) development. « U.S.-India Strategic Dialogue Joint Statement » – http://www.state.gov/r/pa/prs/ps/2011/07/168745.htm
v « India-US: Technology Transfer Tussle – Analysis », http://www.eurasiareview.com/06062015-india-us-technology-transfer-tussle-analysis/
vi Avoir des catapultes améliorerait les capacités des futurs portes avions indiens. L’Inde doit renforcer sa marine pour faire face au déploiement, de plus en plus proche de ses frontières et zones économique maritimes, de la marine Chinoise. Les autres domaines de coopération envisagés dans la DTTI sont les moteurs d’avions et les l’amélioration des Hercules C130J. La cyber-sécurité faisait également partie des discussions. « La relation Inde – Etats Unis », http://exmergere.info/2015/01/26/la-relation-inde-etats-unis/

India positions as a military nuclear power

India is not a member of the Treaty on the Non-Proliferation of Nuclear Weapons (NPT) or the Comprehensive Nuclear Test Ban Treaty (CTBT), though it is a state party to the Partial Test Ban Treaty (PTBT). New Delhi embarked on a nuclear energy program in 1948 and a nuclear explosives program in 1964.[1] The latter culminated in the May 1974 test of a « peaceful nuclear explosion. »[2] Following five nuclear tests in May 1998, India formally declared itself a nuclear weapon state.


April 20th, 2012

The Evidence of Jihadist Activity in Syria

As the United Nations prepares to expand its observer mission in Syria and the world community debates what that mission should aim to achieve, there is a parallel conversation taking place in the global jihadist community. Reflecting their position in other Arab Spring revolutions, the jihadists are vociferous in their demands that Bashar al-Assad’s regime be overthrown. In contrast to the situation in other Arab Spring revolutions, in Syria jihadists linked to al-Qa`ida seem to have a militarily relevant capability on the ground. Proof of jihadist capability is elusive, but the combined weight of five indicators suggests that there is an active jihadist element operating on the ground in Syria. Its existence should be acknowledged for policy planning purposes.

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