Brazil-India Relations Beyond the 70 years: A book by scholars identify new areas for cooperation – The Financial Express

The President of Alexandre de Gusmão Foundation (FUNAG), Ministry of Foreign Affairs of Brazil at the India-Brazil CEO Forum will release the book.

Source : Brazil-India Relations Beyond the 70 years: A book by scholars identify new areas for cooperation – The Financial Express

12/2017 Centralizing #India’s #Intelligence: The National Intelligence Grid’s Purpose, Status, and Problems

(2018). Centralizing India’s Intelligence: The National Intelligence Grid’s Purpose, Status, and Problems. International Journal of Intelligence and CounterIntelligence: Vol. 31, No. 1, pp. 159-168.

Source : Centralizing India’s Intelligence: The National Intelligence Grid’s Purpose, Status, and Problems

« The struggle to ensure information flows to the people who need it while keeping that same information compartmentalized to protect it poses unique problems in the digital age. This effort is further complicated in India where budget constraints, a commitment to democracy, and being a constant target for terrorism tend to severely stretch the security services. In particular, funding for even the country’s Special Forces is problematic and has led to poorly prepared counterterrorism personnel due to limited budgets that prevent the purchase of ammunition for training.1 The Indian government’s inquiry into the 2008 terrorist attack and counterterrorist operation revealed that the Quick Response Teams had not engaged in firing practice for more than a year before the attack due to a lack of ammunition. While the report has not been officially released, the Times of India Website posted a copy on its website. Report of the High Level Enquiry Committee (HLEC) on 26/11, in December 2009, http://www.timesofindia.indiatimes.com/photo/5289981.cms [Google Scholar] To facilitate the flow of information and counter threats in the aftermath of the 2008 terror attacks in Mumbai, in which more than 160 people died, the Indian government publicly announced the development of the National Intelligence Grid (NATGRID) on the belief that information sharing across the intelligence and law enforcement communities would have helped prevent that tragedy. »

Inde – Indonésie: des voisins stratégiques

Le Président Indonésien Joko Widodo vient d’effectuer une visite d’état en Inde. Lors de ses discussions avec le Premier Ministre Narendra Modi, plusieurs sujets de coopération économique ont été abordés: commerce bilatéral, investissements dans les énergies (pétrole, gaz, renouvelables), l’industrie pharmaceutique et les technologies de l’information. Les deux pays sont parmi les économies ayant les croissances les plus rapides. Les liens entre les deux pays sont également culturels, humains (avec une importante diaspora indienne en Indonésie) mais aussi religieux.

Président Widodo - Premier Ministre Modi

Président Widodo – Premier Ministre Modi

En effet, l’Indonésie et l’Inde ont les deux plus importantes populations musulmanes au monde: 205 millions pour l’une et 176 millions pour l’autre, autant que la population du Pakistan qui n’arrive qu’en 3ème position. Les projections démographiques du Pew Research Center prévoient toutefois que l’Inde deviendra le 1er pays d’ici à 2050, suivi par le Pakistan puis l’Indonésie. Pour autant la situation est différente: les musulmans représentent 87% de la population indonésienne mais « seulement » 15% en Inde. La question de la radicalisation, et du terrorisme, d’une partie de ces population était au centre des discussions entre les dirigeants.

Pourcentages de population musulmane en Asie du Sud-Est

Pourcentages de population musulmane en Asie du Sud-Est

Le message à l’issu était clair: aucune tolérance pour les actes de terreur. L’Indonésie s’enorgueillit de pouvoir contenir le phénomène tout en ayant un processus démocratique et un gouvernement représentatifs des composantes de sa population. L’Inde est elle dans une situation complexe: ses deux voisins immédiats, Pakistan et Bangladesh, couvrent voire supportent des mouvements terroristes qui commettent des attentats en Inde comme celui de Bombay en 2011. Depuis la partition, l’importante population musulmane indienne connait des discriminations dans la pratique de sa religion ou au niveau social, dans l’accès à certains emplois.

Répartition de la population musulmane dans le sous continent Indien

Répartition de la population musulmane dans le sous continent Indien

Mais ce message était aussi adressé à la Chine à double titre: celle ci refuserait d’implémenter la Résolution 1267 du Conseil de Sécurité des Nations Unis permettant de désigner les personnes et mouvements terroristes (par exemple en inscrivant Masood Azhar, chef du mouvement Jaish-e-Mohammad sur une liste); par ailleurs l’activisme de la Chine dans le Golfe du Bengale et dans le Détroit de Malacca, que l’Indonésie contrôle en partie) préoccupent les deux pays d’autant qu’elle développe des liens stratégiques, commerciaux et des infrastructures en Malaisie et au Bangladesh dans le cadre de sa stratégie dite du « collier de perles ».

Implantations chinoises dans l'Océan Indien

Implantations chinoises dans l’Océan Indien

L’Inde et l’Indonésie ont donc conclu un accord de coopération dans le domaine maritime, cette dernière étant également impliquée dans les tensions « Mer de Chine » (délimitation des ZEE et pêche illégale). La coopération bilatérale portera également sur le secteur de la défense avec la création d’un processus de dialogue des ministres respectifs et d’un « Joint Defence Coopération Committee« . L’Inde multiplie ce genre d’initiatives régionales avec les autres pays de l’Océan Indien, Seychelles, Maldives, Madagascar voire l’Iran, tout en maintenant un autre niveau de dialogue stratégique avec les Etats Unis, le Japon ou la Russie.

L'Inde développe également sa présence dans l'Océan Indien

L’Inde développe également sa présence dans l’Océan Indien

L’Inde n’est pour l’instant pas touchée par des actions terroristes autres que celles « initiées » par ses voisins mais surveille de près le développement de l’Etat Islamique, d’autant plus que la présence de fortes diasporas indiennes dans les pays du Golfe Persique, en Arabie Saoudite et au Moyen Orient l’obligent à entretenir des relations diplomatiques avec des pays touchés par le terrorisme sur leurs territoires. Il faut également rappeler l’action de l’Inde en Afghanistan, face à Al Qaeda mais aussi désormais face à l’EI, où elle coopère aussi bien avec les Etats Unis que le gouvernement local et la Russie.

Return of Iranian Ports in the Post Sanction Era

Return of Iranian Ports in the Post Sanction Era

Iranian economy in a glance

     Islamic Republic of Iran is an outstanding figure in terms of geo-economics and geo-politics. As the largest nation in Middle East and Central Asia, Iran is an economic power in terms of international trade, industry and agriculture, energy and natural resources, science and technology, tourism and logistics. In spite of all unprecedented global pressures in the past three decades, Iran is the land of resources and opportunities. Among the great features of Iranian economy, we can point to:

  •  80 million population with progressive improvement of human development ( HDI reported to be 0.749 in 2014)[1]
  • highly developed human capitals in form of young educated workforce.
  • second global place in terms of natural gas reservoirs (34,020 billion Cubic meters) and third in terms of production (1.626 trillion cubic meters in 2013)[2,3]
  • Fourth global place in terms of proven oil reservoir (157,530 million barrels) and fifth in terms of production (3.4 million barrels per day of petroleum and other liquids in 2014) [2,4]
  • 7 percent share of mineral reserves in the world (Aluminum, Copper, Zinc, Magnesium, Chrome, Lead, Sulfur, talc, Gypsum, Phosphates , cement, silica, Gold, Uranium, Titanium, Gem Stones, and many more)[5,6]
  • Significant industrial production in more than 40 industries including metals and alloys, automotive, petrochemicals, petroleum refinery, defense, Chemicals, Food and drinks, Pharmaceutical and Healthcare, construction, transport, tourism, retail, Shipbuilding, Power, telecommunication, electronics, and so on.
  • Great agricultural production (classified among the top 40 countries in 12 categories out of 13 categories of agricultural products) with an estimate of 3 billion USD agricultural production in 2015.[7,8]
  • Foreign trade including 32,495 million USD non-oil exports, 53,652 million USD Petroleum exports and 51,560 million USD imports[4,9]

      Many of mentioned figures, though still significant in stature, reflect the induced contraction in Iranian economy within the duration of globally-enforced economic sanctions. Indeed, the real capacities and capabilities of Iranian economy are far beyond this projection. This is the main reason for the rush of global economic players to Iranian markets in the advent of post-sanctions era. As appreciated by specialists and researchers, opening of Iran’s mega-market to foreign investment can provide new investment opportunities with estimated value of 600-800 billion USD within the next decade [10, 11, and 12].

     It is a fact that Iran’s role in global economy cannot be overlooked: the world needs Iran as much as Iran needs the world. The time has come for the world to deal with Iran as a global player and regional partner that is willing to contribute to peace, stability and development. In this paper we review the status of Iranian ports sector and the benefits that it can offer to world trade. We will focus more on container ports that are capable of serving various supply chains.

 Iran: the potential crossroad of trade

   Iran is geographically located in the intersection of Middle East, and Central and South Asia. It borders 16 countries by land, water and sea[1]. In this sense, Iran is the second state in terms of number of neighbor countries. Iran has 890 kilometers of coastline in her north that covers the entire southern bottom of Caspian Sea, and 4900 Kilometers of coastline in her south that covers the entire northern expanse of the Oman Sea and Persian Gulf. Oman Sea is connected to the Indian Ocean, the most strategic ocean in the world. Associated with a total 2.5 billion population in her littoral states, Indian Ocean provides access to emerging and booming economies of new millennium and their markets.

 Exhibit 1 – Map of some proposed International North-South Transport Corridor passing Iranian Territory

   Accordingly Indian Ocean has evolved into the greatest maritime highway for transport of energy and trade that attracts half of container ships, two third of oil tankers, and one third of bulk carriers of the world. The linkage of Persian Gulf and Sea of Oman to Indian Ocean provides the connection of Central Asia and Middle East to the global maritime transport network.

     Indeed all of the northern, western and eastern neighbors of Iran can be accounted as her potential hinterlands: Afghanistan, Turkmenistan, Azerbaijan, Armenia, NaKhjavan, and Kazakhstan are landlocked and do not have access to open seas. There are also landlocked states that are not direct neighbors of Iran, but border her neighbor states: these include Tajikistan, Kyrgyzstan, and Uzbekistan.

      In spite of access to open seas, states like Iraq, Pakistan, and Syria not only have serious issues in terms of availability of port facilities and infrastructure, but also face serious national security issues. As the most politically stable and logistically capable country in the region, Iran is the best choice to serve the trade to these states.
Iran is also the best route for transit of trade flows from South Asia (and Far East) to states like Georgia, Turkey, westbound Russia, Ukraine, and even further to the EU states. The potential transit capability is usually recognized as proposed Transport Corridor concepts. Iran is also incorporated in several other proposed corridors (as shown in exhibit1), including North-South Corridor (INSTC), Europe-Caucasus-Asia Corridor (TRACECA), and Silk Road Corridor. In 2014, the total GDP and population of the 17 hinterland states of Iranian ports in Eurasia and Central Asia have been 3,600 billion USD and 547 million people respectively.

    In the south, Iran borders with six countries of (Persian) Gulf Council, and Iraq by sea. These are emerging markets and Iran not only has good ties with them but also has substantial trades with UAE, and Iraq . The Persian Gulf Council states are mostly oil-driven economies with total GDP of 1,650 billion USD and aggregate population of 50 million people (excluding Iraq).

 Iranian Ports: the natural choice

      Shanghai International Shipping Institute has forecasted that within the coming ten years, the demand for container ports in Persian Gulf will grow (by a 65.44% increase) to 49.4 million TEU. According to this report, we can estimate that the transshipment /gateway traffic ratio will rise from 77.36% in 2015 to 80.55% in 2025. This is in disagreement with the natural tendency of shipping and supply chains towards increase of gateway traffic in ports. Indeed, aside from some few instances, ports are normally driven by gateway traffic all around the world, and a/m ratio is usually near 43% (accounting 30% share for transshipment in total port traffic). This natural tendency has been extravagantly breached in Persian Gulf. Instead of directing the supply chains to gateway ports to minimize the cost, time, and unwanted externalities (including the pollution, and natural resources depletion) in delivery of goods to customers in the markets, the industry has switched into transshipment of goods from remote ports on the west side of Hormuz Strait at extra-heavy costs.

     For better understanding, let’s consider two scenarios: in the first scenario, a shipping line sends a 12,000 TEU ship to Jebel Ali in her Middle East Service, and a big part of cargo is transshipped to Bandar Abbas by two smaller 4,500 TEU Ships[2]. In the second scenario, the shipping line sends the 12,000 TEU ship directly to Bandar Abbas. By comparing of costs and externalities of these scenarios, we find that scenario no.1 will require and entail consumption of 1134.2 tons of more fuel, emission of 3534.3 tons of CO2, several days of delay in delivery of goods to customers, thousands of dollars of additional cost per delivery of each container, and hundreds of thousands of dollars for deployment of ships per voyage[3]. This is absolute diseconomy in management of supply chains. These costs and externalities could be pragmatically avoided if the 12,000 TEU vessel was sent directly to Bandar Abbas according to scenario no.2. Unfortunately what has been put into practice for decades is scenario one.

Presently, the Iranian ports sector is capable of channeling one-third of the prevailing gateway container demand in Persian Gulf region. Among the 22 container ports in Persian Gulf and Sea of Oman, Iran has 6 globally renowned ports namely Chabahar, Shahid Rajaee Port, Bushehr Port, Assaluyeh Port, Imam Khomeini Port, and Khoramshahr[4]. These ports are connected to a network of about 85893 Kms of roads, 10407 Kms of railways, 60 airports, and supported by great transport fleets[5] that can channel and distribute the cargo to inbound and peripheral outbound markets [17, and 18]. Moreover on the northern borders, Iran has three major ports that cover the entire southern coastline of Caspian Sea: these are Anzali, Amirabad, and Noshahr. These ports can act as forelands for other Caspian Sea ports (i.e. Baku, Astrakhan, Aktau, Turkmenbashi, etc.). Table 2 indicates the capabilities of Iranian Ports and Maritime Sector within March 2009 and March 2015.

 

Exhibit 2 – MSC Beatice, 13,800 TEU ULCV,  berthed in Shahid Rajaee Port Complex

     Many of Iranian ports are involved in development and capacity extension plans: Shahid Rajaee Port is meant to extend her capacity to 8 million TEU and 150 million tons in few years. Chabahar port has absorbed foreign investment to serve the Southern Asia- Central Asia trade in very near future. Bushehr Port is developing a 600 thousand TEU container terminal in Negin Island, and there are similar developments in BIK, Khoramshahr, Anzali, Amirabad, and Noshahr. Moreover, many infrastructure development projects are getting completed to enhance the connectivity in Iranian transport network: these consist of 11,584 kilometers of roads, 586 kilometers of freeways, and 4,371 Kilometers of railways. Many of these projects are meant to serve as parts of transport corridors that cross Iran, including Qazvin-Rasht-Astara railways, Arak-Kermanshah-Khosravi railways, Anzali-Rasht-Ramsar Freeway, Tabriz-Bazargan Freeway, Astara-Rezvanshahr highway, and many more[22].

      The Iranian territory includes Strait of Hormuz. The strait not only accounts for passage of 35 percent of oil traded by sea, but also facilitates the crossing of around 85,500 vessels per year. This provides best opportunities for development of maritime business clusters in Iranian territory. The cluster may include such businesses as bunkering, maritime insurance, ship repair, salvage, ship chandlery, and many more businesses. The best instance of such businesses is bunkering: according to vicinity to maritime routes, economic supply of oil products, and availability of infrastructure and equipment, Iran is among the best choices to build a stable bunkering market.

     Iran has been working actively to enhance her trade and business environment. Many of Iranian ports have been transformed into free zones and special economic zones. Several exemptions, discounts, and facilitations are in place to support the transit from Iranian land. Iranian state is an influential member of many economic blocs such as Economic Cooperation Organization (ECO), GECF and OPEC. Iran is also invited to join Eurasian Economic Union (EAEU), Shanghai Cooperation Organization (SCO), and bidding to join WTO as well.

     In a nutshell, Iran is moving speedily to gain her merited position as a global participant in economy, international trade, and logistics in the post-sanction era. This can be a turning point in the history of Middle East. Expanded from the heart of the Heartland to the edge of the Rim-lands, Iran is the natural choice of ports and terminals in Middle East. This preference is strongly substantiated by political stability, industrial development, human development, size of accessible markets, transport facilitation, and opportunities for cooperation and investment. The time has come for the world and Iran to recognize the interests of one and another and organize their joint efforts to consolidate them.

 Endnotes

 [1] ) Iran has 6,000 kilometers of land (and river) borders with Pakistan, Afghanistan, Turkmenistan, Azerbaijan, Armenia, Nakhjavan, Turkey and Iraq. The sea borders include 657 kilometers with Turkmenistan, Azerbaijan, Kazakhstan, and Russia in Caspian Sea, and 2043 kilometers of sea borders with Iraq, Kuwait, Saudi Arabia, Qatar, Bahrain, United Arab Emirates, and Oman.

[2] )Vessel sizes are selected due to the expected cascading effects in near future.

[3] ) Fuel consumption rates and Carbon dioxide emissions are taken from M.Sisson, and I.M. Vincent Andersen[19, and 20].

[4] ) Other southern Iranian ports are Qeshm, Bandar Lengeh, Kish, Assaluyeh, Kharg, Mahshahr, Abadan, Lavan, Gonaveh. There are some other promising and/or developing ports in terms of container throughput like Souza port and Jask port. In addition, there are around 100 small and local ports in Iranian coastlines.

[5] )The Iranian national maritime fleet includes a total capacity of 106429 TEU container, 1338946 million gross tonnage in bulk, and 404225 gross tonnage in general cargo in IRISL. The hauliers fleet consists of 423,000 lorries and trucks. The national railways fleet consists of 444 locomotives and more than 22000 railcars in operations.

References:

Note : This technical paper has been published on Port Technology International in September 2015, and it is available from this link from PTI’s website (bit.ly/1QYNev0). The author specially thanks Messrs. J.A.A. Khan, and R.Joy from Port Technology International.

The complicated Indo-Iran relationship

The complicated Indo-Iran relationship
India and Iran share a cultural relationship since Neolithic age. However due to certain extraneous factors the relationship has become complicated if not very complex. Republic of India and Imper

Billet d’humeur – Visite d’Etat de François Hollande en Inde

 

35ème Régiment d'Infanterie - Republic Day 2016

35ème Régiment d’Infanterie – Republic Day 2016 – New Delhi

Le Président François Hollande s’est rendu en visite d’Etat à New Delhi du 24 au 26 Janvier 2016, à l’occasion de la fête nationale indienne dont il était l’invité d’honneur[i]. La visite comportait des enjeux importants pour Dassault, DCNS, Areva et les autres entreprises de la délégation[ii]. Il s’agissait également de renforcer les domaines de coopérations qui avaient été listés lors de la visite du Premier Ministre Indien en Avril 2015. Mais alors que l’on peut trouver du Twitter des messages, dont certains sont au mieux déplacés dans une délégation officielle[iii], publiés durant la parade officielle, il est nécessaire de rappeler que la France et l’Inde ont d’anciennes relations.

Les enjeux ne sont pas uniquement économiques, bien que l’Inde soit attractive avec un marché intérieur important mais des infrastructures et des industries nécessitant encore des technologies et investisseurs étrangers. Il s’agit aussi de développer des coopérations dans la recherche énergétique ou spatiale. La question du terrorisme relie également les deux pays, certains analystes indiens ayant fait le parallèle entre les attaques de Paris en Novembre et celles de Mumbai ou Pathankot en 2015[iv]. On se souviendra que Narendra Modi avait condamné les attentats de Paris[v], et que son pays est lui-même concerné par le terrorisme islamiste[vi].

En cette période de Centenaire de la 1ère Guerre Mondiale, il n’est pas inutile de rappeler que des soldats indiens se sont battus en France : Narendra Modi a inauguré un monument à leur mémoire lors de sa visite[vii]. De même durant la 2ème Guerre Mondiale, les troupes indiennes combattirent sur le sol français. Dès l’indépendance de l’Inde, la France établit des relations diplomatiques avec elle alors même qu’elle y avait encore des comptoirs dont le sort fut scellé en 1956. Néanmoins les ressortissants de Pondichéry sont encore très attachés à leur identité française avec un monument aux morts, rappelant cette autre histoire des troupes indiennes.

Les relations économiques, diplomatiques ou culturelles[viii] entre les deux pays ont donc toujours existé et ne peuvent pas se résumer aux aléas des contrats en cours de négociation, d’autant que Dassault ou Thalès sont présentes en Inde depuis plusieurs dizaines d’années. Les armées indiennes opèrent encore des Mirage et ont utilisé des tanks français dans leurs opérations militaires. Les exercices navals, aériens ou terrestres entre les deux pays sont réguliers, d’autant que la France fait partie des rares alliés de l’Inde à être présente territorialement et militairement dans l’Océan Indien, seule profondeur stratégique de l’Inde[ix].

A l’occasion de la parade militaire, l’Inde a fait un honneur particulier à la France puisque pour la première fois depuis son indépendance une unité militaire étrangère a défilé aux côtés des troupes indiennes. Clin d’œil historique significatif, il s’agit du 35ème Régiment d’Infanterie dont l’ancêtre, le 35ème Régiment d’Aquitaine, a combattu aux côtés de troupes du Royaume de Mysore contre les anglais de 1781 à 1784. Les unités de cavalerie de ce royaume furent amalgamées au fil de temps par l’Empire Britannique puis la République Indienne pour donner aujourd’hui le 61ème Régiment de Cavalerie, une des unités la plus prestigieuse de l’arme blindée cavalerie indienne[x], qui a défilé après le 35ème RI[xi].

Les relations Inde – France ne résument donc pas aux seuls enjeux économiques, même si certains commentateurs les abordent sous cet angle principalement pour que leurs aléas servent de critique politique aux gouvernements en indiens ou français. Les difficultés mises en avant ne sont pas non plus le fait unique d’une partie ou l’autre, comme on a pu le voir dans le feuilleton du contrat MMRCA[xii]. Mais ces relations étant stratégiques, car anciennes, pour les deux pays, il ne s’agirait pas que des erreurs d’appréciation ou d’ »intelligence culturelle » viennent les troubler par intérêt personnel ou méconnaissance des us, coutumes ou de l’histoire justement.

 

Références

i « Inde: les enjeux de la visite de François Hollande » – http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20160124-inde-visite-francois-hollande-Narendra-Modi-rafales-economie

ii La liste des dirigeants membres de la délégation est à ce titre significative : https://pbs.twimg.com/media/CZWg_UvW0AEDewr.jpg:large

iii On jugera sur : https://twitter.com/MA_Jamet avec en particulier https://twitter.com/MA_Jamet/status/691922462884401152

iv « Hollande Visit: Pathankot, Paris Put Terrorism High On Agenda” – http://www.ndtv.com/india-news/hollande-visit-pathankot-paris-put-terrorism-high-on-agenda-1268489

v “Paris attacks: France terror assaults attack on humanity, Narendra Modi says” – http://timesofindia.indiatimes.com/india/Paris-attacks-France-terror-assaults-attack-on-humanity-Narendra-Modi-says/articleshow/49781610.cms

vi « Combattre l’Etat Islamique: la perspective de l’Inde », Pradhuman Singh, Pierre Memheld, Revue Défense National N°779, Avril 2015

vii « PM Narendra Modi pays tribute to Indian soldiers slain in World War-I » – http://articles.economictimes.indiatimes.com/2015-04-11/news/61041490_1_indian-soldiers-war-memorial-prime-minister-narendra-modi

viii Dans les domaines de l’éducation ou de l’architecture, le Président Hollande ayant commencé sa visite par Chandigarh, ville conçue par Le Corbusier.

ix « La France et l’Inde dans son Océan » – http://exmergere.info/2015/07/20/la-france-et-linde-dans-son-ocean/

x « L’Arme Blindée Cavalerie Indienne », Pierre Memheld, Batailles & Blindés N°71, Février Mars 2016.

xi « French regiment is back in India after 232 years » – http://timesofindia.indiatimes.com/india/French-regiment-is-back-in-India-after-232-years/articleshow/50734908.cms

xii « Le Rafale s’envole pour l’Inde, mais sans le MMRCA ? » – http://exmergere.info/2015/04/14/le-rafale-senvole-pour-linde-mais-sans-le-mmrca/

Make in India and the Expanding Scope for India-Japan Defence Cooperation

Make in India and the Expanding Scope for India-Japan Defence Cooperation
India’s Act East policy and Prime Minister Modi’s Make in India drive coincide with the shifts in the Japanese post-war security policy and the April 2014 e

Le soleil levant de l’Inde

Nobusuke Kishi - Jawaharlal Nehru - 1957

Nobusuke Kishi – Jawaharlal Nehru – 1957

Narendra Modi - Shinzo Abe - 2015

Narendra Modi – Shinzo Abe – 2015

58 ans séparent les deux photos ci-dessus et pourtant elles sont liées à plus d’un titre. En effet, outre les relations économiques et stratégiques entre les deux pays (vieilles formellement de 112 ans et beaucoup plus culturellement ou religieusement), le Premier Ministre actuel du Japon, Shinzo Abe, n’est autre que le petit fils de l’ancien Premier Ministre Nobusuke Kishi : après le rétablissement des relations diplomatiques en 1952 entre les deux pays, il fut celui qui développa une nouvelle ère dans leurs relations économiques. Dès 1958, le Japon commença à accorder des prêts en yens, et reste depuis le premier pays en termes d’aides, à l’Inde[i].

Les relations de l’Inde avec le Japon remontent au 6ème siècle avec l’introduction du Bouddhisme suivie d’échanges religieux et culturels importants. Des échanges commerciaux maritimes se sont développés comme par exemple avec les comptoirs portugais en Inde. Les relations formelles entre une Inde unifiée par le Raj Britannique et l’empire Japonais de l’ère Meiji furent établies en 1903 avec la création de la Japan-India Association, mais furent interrompues par la guerre. Dès la guerre finie, les relations reprirent, l’Inde s’inspirant de la capacité du Japon à se relever alors qu’elle venait de déclarer sa propre indépendance.

Aujourd’hui, le Japon est devenu un des premiers investisseurs en Inde et de nombreuses industries japonaises y ont implanté des usines. Actuellement les relations stratégiques des deux pays se développent à l’aune des velléités d’expansion chinoises en Mer de Chine du Sud. L’Inde partage ces préoccupations et cherche à développer sa propre approche, en développant ses relations avec le Japon et l’ASEAN, même si elle semble converger avec l’approche américaine. Outre les visites mutuelles des Premiers Ministres et Ministres de la Défense, les marines des deux pays conduisent des exercices en commun dont en Octobre dernier avec les Etats Unis dans l’Océan Indien.

 

Le Japon et l’Inde après la guerre

La Deuxième Guerre Mondiale vit s’opposer les deux pays, avec même des indiens combattant du côté japonais : La Indian National Army (INA), composée entre autres de volontaires, du nationaliste indépendantiste Subhas Chandra Bose, ancien allié politique de Gandhi, combattit auprès des troupes japonaises en Birmanie contre les anglaise. La INA était aussi composée de prisonniers de guerre indiens et d’indiens vivants en Malaisie ou en Birmanie. Elle était le bras armé du « gouvernement provisoire de l’Inde libre » de Bose créé en 1943 à Singapour, après son retour d’Allemagne[ii]. Cette unité symbolique ne fut pas au demeurant d’un grand poids dans les combats.

Nobusuke Kishi fut le 56ème et le 57ème Premier Ministre du Japon. Fonctionnaire du Ministère du Commerce et de l’Industrie dans les années 20, il visita les Etats Unis, l’Allemagne et l’Union Soviétique. Membre du mouvement des « bureaucrates réformateurs » il avait également des liens avec les militaires partisans de la « guerre totale » et devint ainsi après l’invasion de la Mandchourie un des plus importants administrateurs du Manchukuo. En 1940 il devint ministre en charge de certains aspects industriels de la guerre. Emprisonné après la guerre, il ne fut jamais jugé, et fut libéré en 1948 et créa un mouvement « national populaire de salut »[iii].

En 1952, l’interdiction touchant les hommes politique ayant eu des fonctions pendant la guerre étant levée, Kishi échoua d’abord à être élu mais le fut en 1953 avec le parti « libéral ». Soutenu par de nombreux députés de la Diète il rejoint le parti « démocrate » en 1954 comme secrétaire général. Il joue alors un rôle central dans la fusion des deux partis : il devient secrétaire général de l’ensemble, le Parti Libéral Démocrate, et surtout le principal financier des campagnes. Enfin, en 1957 il devient Premier Ministre et veut rapidement développer les relations politiques et économiques du Japon avec les pays d’Asie du Sud Est, et réviser le pacte de sécurité mutuel Américano-japonais de 1952.

Il fut également actif sur le plan international, avec l’accession du Japon au Conseil de Sécurité des Nations Unies, des visites d’état en Australie, Pologne, Argentine. Il solda surtout le passif existant avec les pays touchés par la guerre, en payant ainsi des dommages à l’Indonésie. L’Inde elle devait être un des premiers pays à signer un traité de paix avec le Japon en 1952 abandonnant ainsi toute demande de réparation au titre des dommages de guerre. En 2006, l’ancien premier ministre indien Manmohan Singh rendit hommage à Kishi, lors d’un discours à la Diète, soulignant son rôle dans le regain des relations entre les deux pays, en particulier les aides du Japon à l’Inde.

 

Nouveaux accords stratégiques

La visite d’état du Premier Ministre Shinzo Abe, pour la 9ème conférence annuelle Inde-Japon, du 11 au 13 Décembre, avait donc une portée personnelle et historique au-delà des enjeux politiques et économiques. La seule période d’après guerre durant laquelle les relations des deux pays se sont refroidies fut en 1998 après les essais nucléaires indiens. Le Japon dut prendre des sanctions économiques en parallèle des Etats Unis[iv]. Mais cette période ne dura pas et désormais le Japon et l’Inde sont alignés quant aux questions énergétiques, y compris dans le nucléaire : un pacte nucléaire a été signé mais reste conditionné à un usage pacifique par l’Inde de cette énergie.

Cet accord, nécessaire au développement de l’industrie indienne s’élevant à 12 milliards, était intégré dans un cadre comprenant d’autres contrats et aspects. Pour la première fois l’Inde va pouvoir exporter des voitures vers le Japon. L’industrie indienne cherche de plus en plus à exporter, domaine où elle intervient moins que sa concurrente chinoise, afin de soutenir son développement. Celui-ci doit aussi s’appuyer sur la politique du « Make In India » lancée par le Premier Ministre Modi pour amener les industriels étrangers à augmenter leurs présences et investissements en Inde par le biais des contrats publics, offsets et transferts de technologie[v].

Autre impératif pour l’Inde, la modernisation de ses infrastructures, énergétiques mais surtout logistiques. Par exemple, à ce jour, le charbon pour les centrales électriques doit être transporté par camions, le réseau ferroviaire n’étant pas assez développé. A un autre niveau, Shinzo Abe a signé un accord pour que le Japon, au travers d’un consortium ad-hoc, construise le 1er train à grande vitesse indien[vi]. Si le Japon exporte déjà beaucoup de technologies, cette visite d’état illustre un retournement complet dans deux domaines : le nucléaire d’abord[vii], sujet sensible au Japon surtout depuis Fukushima, mais aussi la défense, domaine où le pays a changé sa constitution depuis peu[viii].

Ces accords avaient été initiés l’année dernière lors de la visite du Premier Modi au Japon. D’autres domaines plus techniques sont concernés : aides financières, suppression des doubles taxations, R&Ds industrielles privées, éducation, visas, villes intelligentes. Mais un dossier longtemps attendu, et symbolique, n’a pas connu de conclusion : la vente des hydravions US-2 de reconnaissance maritime ShinMaywa[ix]. Un accord a été signé pour « soutenir la poursuite » de ce projet visant à construire en Inde ces appareils, héritiers des Kawanishi H8K de la 2ème guerre mondiale : après la guerre Kawanishi devint ShinMaywa et eu à nouveau le droit de construire des hydravions.

 

Conclusion

Depuis l’arrivée au pouvoir du Premier Ministre Modi, l’Inde semble avoir repris l’ »offensive » sur le plan diplomatique avec la multiplication des visites officielles chez les partenaires historiques comme la Russie ou les Etats ou chez les pays ayant des intérêts partagés, économiques ou stratégiques, comme le Japon, la Corée ou plus généralement les pays de l’ASEAN. La visite de Shinzo Abe avait un objectif stratégique pour que ces deux puissances régionales contre balancent l’expansion chinoise. Même s’il s’agit ainsi de s’aligner sur les Etats Unis, le Japon et l’Inde ont leurs propres griefs et relations avec ce voisin encombrant bien que partenaire commercial incontournable.

L’Inde et le Japon négocient, investissent, achètent, s’opposent avec la Chine. La Chine remet en question les zones économiques exclusives maritimes du Japon, des Philippines ou du Vietnam. La Chine construit des infrastructures ferroviaires et routières au Pakistan et en Birmanie, « encerclant » ainsi l’Inde[x]. Elle construit des bases militaires en Mer de Chine du Sud et dans l’Océan Indien. Les marines du Japon et d’Inde ont mené l’exercice naval Malabar en commun. Le partenariat spécial global stratégique des deux pays[xi], continuation d’une relation ancienne, devient une réalité au-delà des liens personnels, culturels ou religieux.

 

Références

i Japan-India Relations (Basic Data), http://www.mofa.go.jp/region/asia-paci/india/data.html

ii Où il avait du partir en 1941, au vu de ses positions indépendantistes : il y reçu le soutient du gouvernement nazi et où il créa une « légion de volontaires indiens », unité militaire qui participa à différentes opérations.

iii Soutenu par certains officiels américains: The American Council of Japan composé de deux anciens ambassadeurs, d’avocats, de journalistes.

iv « L’Inde nucléaire », http://exmergere.info/2015/08/14/linde-nucleaire/

v « BITD indienne : vers les stratégies du «Make in India» and «Export India» », http://www.iris-france.org/55084-la-bitd-indienne-vers-les-strategies-du-make-in-india-and-export-india/

vi Entre Mumbai et Ahmedabad : « Indo-Japan partnership aimed at counter balancing China: Chinese daily », http://economictimes.indiatimes.com/articleshow/50200659.cms?utm_source=contentofinterest&utm_medium=text&utm_campaign=cppst

vii Le Japon jusqu’à present n’exportait pas de technologies nucléaires vers un pays non signataire du “Non Proliferation Treaty” ce qui est le cas de l’Inde.

viii « Japanese lawmakers OK greater overseas role for military », http://edition.cnn.com/2015/09/18/asia/japan-military-constitution/

ix « India and Japan sign accords to support US-2i deal », http://www.janes.com/article/56611/india-and-japan-sign-accords-to-support-us-2i-deal

x « Inde-Chine, entre encerclement et contre-encerclement », Jean-Vincent Brisset – Pierre Memheld, Revue Défense Nationale N° 783, Octobre 2015

xi ‘India and Japan Vision 2025: Special Strategic and Global Partnership Working Together for Peace and Prosperity of the Indo-Pacific Region and the World’: « India, Japan ink pacts on bullet train, defence, nuke energy », http://www.tribuneindia.com/news/nation/india-japan-ink-pacts-on-bullet-train-defence-nuke-energy/169950.html

At $51 billion per annum, India ranks 4th in black money outflow: report

 

At $51 billion per annum, India ranks 4th in black money outflow: report
China tops the list with $139 billion average outflow of illicit finances per annum, followed by Russia ($104 billion per annum) and Mexico ($52.8 billion per annum).

 

Developing Mundra port key to connect India with CentralAsian markets: Kazakhstan – The Economic Times

Developing Mundra port key to connect India with Central
Asian markets: Kazakhstan – The Economic Times
India and Kazakhstan are working on this key project to link the Central Asian country through rail and port via Turkmenistan and Iran.

India unveils global solar alliance of 120 countries at Paris climate summit

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India’s prime minister Narendra Modi and France’s president Francois Hollande have launched an international solar alliance in Paris

Govt eases FDI norms in 15 sectors, signals reforms intent

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India eased foreign direct investment norms in 15 major sectors, including mining, defence, civil aviation and broadcasting, the government said on Tuesday in a bid to drum up investment and speed up growth.

Sommet Inde – Afrique, enjeux et proximités

Modi-Africa-Summit_PTI

Du 26 au 29 Octobre 2015 s’est déroulé à New Delhi le 3ème Sommet Inde Afrique avec 54 pays participants venant de ce continent. Le niveau des délégations, présidents – premiers ministres – ministres, montre bien à quel point l’Inde continue son « offensive » diplomatique tous azimuts[i]. Après l’ASEAN, l’Europe, les Etats Unis et la Russie (Narendra Modi s’y rendra en Décembre), ou encore l’Océan Indien, son étranger proche, l’Inde se tourne désormais vers l’Afrique, non seulement au vu de ses liens avec le continent mais aussi pour y défendre ses intérêts face à la Chine.

Ce sommet, initialement prévu en décembre 2014 mais reporté de par les craintes liées à l’épidémie d’Ebola, mets l’accent sur les enjeux communs des deux continents : au-delà d’une histoire commune de la lutte contre « le colonialisme et l’apartheid »[ii], l’Inde souligne les challenges de la globalisation, la pauvreté, les maladies, l’illettrisme et la faim ou encore le changement climatique, les menaces terroristes ou le développement économique commun. Cette communauté d’intérêts doit déboucher sur un partenariat basé sur l’équité, le respect et le bénéfice mutuels.

Plusieurs pays africains ont exprimé leurs besoins d’une aide dans plusieurs domaines et secteurs : télécoms, énergies, santé, agriculture, infrastructure. Le Ministre de l’Industrie de la Côte d’Ivoire, les Ministres des Affaires Etrangères d’Erythrée, du Lesotho, de la Gambie ou du Bénin, de la Somalie et de Madagascar, ont exprimé ce type de besoins. Celui du Burundi est même allé jusqu’à apporter son soutien à l’Inde pour avoir accès au statut de membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies[iii], selon la logique que les deux continents représentent ¼ des membres du conseil.

L’Inde en Afrique

L’Inde propose elle d’investir dans ces pays 10 milliards de dollars. L’expérience de l’Inde en matière de lutte anti-terroriste/insurrection pourrait être utile pour les pays d’Afrique qui eux même sont exposés à ce type de risques, d’après l’ancien Secrétaire aux Affaires Etrangères indien Kanwal Sibal[iv]. L’Inde a d’ailleurs déjà monté des centres de formation en Ethiopie et au Soudan. L’Inde a également une longue expérience des missions de la paix sous le drapeau des Nations Unies. Cette coopération couvre également l’échange de renseignements.

Mais l’Inde n’oublie pas pour autant l’intérêt de ses industries pharmaceutiques ou minières. Ce sommet a rassemblé des dirigeants de toute l’Afrique, et pas seulement ceux côtiers de l’Océan Indien ou ceux où il y a une forte diaspora indienne. Le Président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, l’africain du sud Jacob Zuma, le nigérian Muhammadu Buhari ou encore le Roi marocain Mohammed VI étaient présents. Le Président Robert Mugabe du Zimbabwe, Idriss Deby du Tchad ou Alpha Condé de Guinée, ou encore Omar al-Bashir ont également participé.

L’Inde voulait parler à toute l’Afrique quelque soit la situation dans les pays représentés ou l’image de leurs représentants. Que ce soit du point de vue des investissements, des débouchés industriels, des ressources disponibles ou de la question de la sécurité, y compris dans l’Océan Indien, l’Inde chercher à contrebalancer l’influence de la Chine sur le continent. Beaucoup de ces pays sont musulmans, sont confrontés au terrorisme, là où l’Inde commence à s’inquiéter de ce phénomène compte tenu de sa propre population musulmane, la 2ème au monde en nombre[v].

Le discours du Roi Mohammed VI est à ce titre illustratif[vi], d’autant qu’il participe rarement à ce type de sommets: « Cette occasion évoque pour moi le souvenir … de ma première visite en Inde en 1983, à la tête de la délégation du Maroc à la conférence des non-alignés, et aussi celui de ma première visite officielle en 2001. Je garde à l’esprit la qualité des relations privilégiées qui unissent nos deux pays … Sa Majesté le Roi Mohammed V que Dieu ait son âme et le grand leader Jawaharlal Nehru. Je songe également à leur combat pour la libération et l’indépendance des Etats africains. »

Ou encore : « Le Maroc est disposé à adhérer avec l’Inde à des initiatives communes s’inscrivant dans le cadre de ce forum et touchant les domaines prioritaires pour nos peuples et dans lesquels nos deux pays ont engrangé de grandes expériences et d’importantes expertises. Cela se fera à l’image du partenariat fructueux qui lie nos deux pays dans le domaine du phosphate et de ses dérivés, et que nous nous attachons à élargir pour qu’il couvre les programmes de sécurité alimentaire[vii], et à mettre à la disposition de certains pays africains. »

Et enfin : « La sécurité et la stabilité sont les piliers du développement. Sans elles, nos pays ne pourront pas améliorer leur situation sociale et mener à bonne fin leurs initiatives de développement. Vu la forte corrélation entre les défis de développement et les menaces terroristes sans précédent, les Etats membres de ce Forum devraient adopter une approche intégrée axée sur la mise en place d’une coopération étroite avec l’Inde. Le Maroc est toujours disposé à créer un groupe de travail commun pour assurer la coordination et l’échange des informations dans ce domaine. »

L’Inde dans le Monde

La diaspora indienne est très présente en Afrique de l’Est, jusqu’à tenir des postes ministériels en Afrique du Sud (par exemple Pravin Gordhan, Minister of Cooperative Governance and Traditional Affairs et ancien Ministre des Finances, membre fondateur de l’African National Congress et du parti communiste Sud Africain, compagnon de route de Nelson Mandela) : « les Indiens sont implantés depuis plusieurs générations dans certains pays africains, comme l’Afrique du Sud, où Gandhi … a débuté sa lutte, mais aussi le Kenya ou la Tanzanie »[viii].

« Cinq pays majeurs en Afrique sont fournisseurs de l’Inde en matières premières », estime Jean-Joseph Boillot, conseiller auprès du Centre de recherche français dans le domaine de l’économie internationale (CEPII), co-auteur avec Stanislas Dembinski de Chindiafrique, édité chez Odile Jacob. « Le Soudan, d’abord, pour ce qui est du pétrole. Dans ce pays l’Inde et la Chine coopèrent, d’ailleurs ». Puis, il y a le Nigeria. En 2014, l’Inde est devenue le premier importateur du pétrole du pays, en achetant plus d’un quart de la production quotidienne nigériane[ix].

Au-delà de ces liens, la confrontation avec la Chine n’est pas aussi frontale qu’on peut le penser, avec même certaines complémentarités : « La Chine s’est spécialisée dans le produit très bon marché et solide, elle est également spécialisée dans tous les grands travaux d’infrastructure. Or, c’est précisément deux secteurs où l’Inde est très faible … La solution indienne Airtel s’est imposée en Afrique. Derrière celui qui fournit les équipements pour les antennes pour couvrir le territoire africain, il y a le Chinois Huawei …», conclut Jean-Joseph Boillot.

Le Premier Ministre Narendra Modi a comparé les deux continents rassemblant un tiers de l’humanité, renforçant leurs revendications pour une meilleure représentativité dans les instances internationales : « Today, it is not just a meeting of India and Africa. Today, the dreams of one-third of humanity have come together under one roof. Today, the heart beat of 1.25 billion Indians and 1.25 billion Africans are in rhythm»[x]. La croissance économique soutenue de l’Inde, 7.5% prévus en 2016, depuis plusieurs années la pousse à trouver des débouchés pour ses produits.

Au-delà de cette question, c’est bien le rôle de l’Inde en tant qu’acteur diplomatique central qui est en jeu[xi]. L’Inde, de par sa position géographique et politique est au centre de plusieurs problématiques internationales : l’Océan Indien, le terrorisme, l’Iran, la Russie, la Chine, l’Asie Pacifique, le nucléaire. Le sommet Inde Afrique est la plus importante opération diplomatique de l’Inde depuis sa création et le mouvement des « non alignés »[xii]. Elle développe la coopération Sud-Sud, avec le Brésil ou l’Afrique du Sud mais aussi la Sud-Nord désormais avec l’Europe ou les USA.

Malgré ce rôle central, l’Inde n’est pas encore un acteur majeur tant son rôle est parfois défini par ce que ses partenaires, l’Afrique ou les USA et la Russie ou l’Europe, en attendent. Mais l’Afrique est indéniablement un sujet majeur pour son économie et sa diplomatie : aujourd’hui le volume des échanges Inde-Afrique se monte à 70 milliards de dollars[xiii]. L’effort des prêts et investissement consentis est d’autant plus notable que l’Inde elle-même doit encore assurer son développement, en continuant à attirer des investissements directs étrangers par l’ouverture de ses propres marchés.

Conclusion

Par ce mouvement vers l’Afrique, l’Inde cherche à renforcer son rôle diplomatique et économique dans la région, tout en continuant ses efforts vers l’est, pour diminuer sa dépendance à ses partenaires traditionnels : ainsi en accédant aux ressources de l’Afrique, à commencer par le pétrole et le gaz, elle gagne en autonomie vis-à-vis de ses sources habituelles (Irak, Arabie Saoudite Iran)[xiv] tout en poursuivant malgré tout ses approches spécifiques vers elles. Une autre des préoccupations est son (in)dépendance alimentaire, sujet où l’Afrique peut également être une partenaire.
Malgré cette initiative cependant, l’Inde est encore loin de la Chine en matière d’échanges/coopérations et donc d’influence et d’accès aux ressources du continent. Avec 222 milliards de dollars d’échanges avec l’Afrique, la Chine fait 3 fois mieux que les Etats Unis, et créé des programmes d’aide au développement pour un montant de 84 milliards de dollars. L’Inde doit aussi compter en Afrique avec les autres acteurs, Europe et USA, qui ont leurs propres agendas, investissements, et sommets dédiés à ce continent qui lui devrait devenir clé dans les années à venir.

Références
i “L’Inde, acteur diplomatique central?”, Pierre Memheld, http://exmergere.info/2015/05/19/linde-acteur-diplomatique-central/
ii Welcome to the India-Africa Forum Summit 2015 – http://www.iafs.in/home.php
iii « African countries seek India’s cooperation in defence, agri » – http://www.business-standard.com/article/pti-stories/african-countries-seek-india-s-cooperation-in-defence-agri-115103100989_1.html
iv « Will PM Modi’s mega Africa outreach advance India’s interests? » – http://indiatoday.intoday.in/story/will-pm-modis-mega-africa-outreach-advance-indias-interests/1/510679.html
v « Combattre l’Etat Islamique », Pradhuman Singh, Pierre Memheld, Revenue Défense Nationale N°779, Avril 2015
vi « Discours intégral du Roi Mohammed VI devant le 3ème Sommet du Forum Inde-Afrique » – http://www.atlasinfo.fr/Discours-integral-du-Roi-Mohammed-VI-devant-le-3eme-Sommet-du-Forum-Inde-Afrique_a66345.html
vii « Disaster proofing the Indian Agribusiness: Ensuring food Security through unconventional Supply chains », Pradhuman Singh, Pierre Memheld, Journal of the University of Petroleum & Energy Studies (Dehradun, India), Octobre 2015
viii « Les nécessaires échanges entre l’Inde et l’Afrique » – http://www.rfi.fr/economie/20151026-inde-afrique-sommet-economie-chine-investissements-commerce-matieres-premieres-tel
ix Ibis idem.
x « India Announces $10 Billion Concessional Credit to Africa » – http://www.ndtv.com/india-news/india-announces-10-billion-concessional-credit-to-africa-1237921
xi Ibis idem.
xii « Re-defining India-Africa ties » – http://www.dailypioneer.com/columnists/oped/re-defining-india-africa-ties.html
xiii « Modi calls India and Africa bright spots of economic opportunity, offers technology and credit » – http://www.theprovince.com/business/modi+calls+india+africa+bright+spots+economic+opportunity+offers/11476894/story.html
xiv « India seeks to extend influence in Africa as leaders gather » – http://www.irishtimes.com/news/world/asia-pacific/india-seeks-to-extend-influence-in-africa-as-leaders-gather-1.2407775

Nuclear Suppliers Group to consider India’s entry in June 2016, PM Modi to visit Washington

NEW DELHI:
India’s pending application for entry into the Nuclear Suppliers Group … handle for comprehensive coverage on other buzzing
Defence stories … US diplomats told
India Strategic that the Obama administration was …

Will PM Modi’s mega Africa outreach advance India’s interests? : India, News – India Today

Will PM Modi’s mega Africa outreach advance India’s interests? : India, News – India Today
In its biggest ever engagement with Africa, India on Thursday sought to recharge its ties with all 54 African countries, announcing increased interaction in areas like energy and agriculture while offering an additional concessional credit of $10 billion.

Inde – Etats Unis : alliés objectifs ou opportunistes ?

Modi USIBC

La 40ème session du US India Business Council (USIBC) a commencé Mardi 22 Septembre 2015 à Washington pour préparer la seconde visite officielle du Premier Ministre Narendra Modi et continuer à développer les relations économiques et diplomatiques anciennes entre les deux pays. Celles-ci remontent à la 2ème Guerre Mondiale, durant laquelle des troupes américaines combattirent avec les indiennes (sous commandement anglais) contre les Japonais en Birmanie, des scientifiques indiens eux participèrent au projet de bombe nucléaire Manhattan.

L’objectif pour les Etats Unis est clair et a été réaffirmé par le Vice Président Joe Biden dès le début de la session : « our goal is to be India’s best friend ». L’USIBC est l’association économique bilatérale la plus importante des Etats Unis avec plus de 300 entreprises indiennes et américaines. Le gouvernement américain voit le développement de sa relation avec l’Inde comme une priorité du 21ème siècle, reconnaissant ainsi son rôle régional, voire international, aussi bien sur le plan économique que stratégique ou diplomatique.

Si l’USIBC est une organisation professionnelle, elle est directement coordonnée avec les actions diplomatiques et économiques du gouvernement et de l’administration américaine, depuis 40 ans quelques soient les orientations politiques des deux pays. La session annuelle est sous le patronage des ministres concernés avec en clôture les 2 chefs d’état. Les secteurs économiques couverts vont de la défense aux sciences de la vie, de l’énergie à l’agriculture en passant par les technologies de l’information ou les infrastructures.

Si tous les secteurs sont traités, l’objectif étant d’aplanir les obstacles et d’identifier les opportunités, le cœur du dialogue indo-américain reste l’énergie et la défense. L’Inde vient d’annoncer l’achat d’hélicoptères Apache et Chinook de Boeing avec probablement une part de production locale dans le cadre de la politique du « Make In India ». Dans le domaine énergétique, au-delà d’une coopération continue dans le nucléaire, l’Inde et les Etats Unis discutent sur les énergies renouvelables et le réchauffement climatique.

Ce haut niveau de discussions régulières a permis de faire des Etats Unis la première destination des exportations indiennes. A l’inverse les Etats Unis ne sont que le 5ème partenaire commercial de l’Inde derrière la Chine, les Emirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite et la Suisse. Les Etats Unis veulent faire de l’Inde un partenaire économique de premier rang mais misent surtout sur la position géostratégique de celle-ci en Asie pour contrebalancer l’influence de la Chine dans la région. Malgré ces considérations, l’Inde continue à développer une approche spécifique.

L’Inde ne peut se passer de la Chine, celle-ci investissement massivement dans son industrie, mais doit en même temps contrer les tentatives d’expansions territoriales de son voisin. Donc dans une politique de diversification de ses partenaires, la Russie étant toujours très présente, l’Inde donne l’impression de se rapprocher des Etats Unis. L’Europe n’est pas un partenaire en tant que tel, bien que chacun de ses membres soit présent en Inde. La France pourrait s’inspirer de l’USIBC pour développer ses relations, également anciennes et stratégiques, avec l’Inde.

En effet, l’Inde, au travers de sa politique « Make in India », peut sembler imposer des conditions contractuelles jugées par certains « excessives » (offsets de 30 à 50% du montant des contrats, transferts de technologies). Elle n’est pas le seul pays à avoir cette approche pour développer son industrie/économie mais ces conditions sont connues à l’avance par les industriels cherchant à gagner des appels d’offres. La différence entre concurrents est désormais de respecter voire devancer ces conditions (comme proposé par Angela Merkel lors de sa visite d’état) ou non.

Même si l’Inde ne s’est jamais laissée enfermer dans une relation « mono latérale », elle ne peut ignorer les Etats Unis, tant ceux-ci sont importants sur les plans économiques, diplomatiques ou militaires. Si elle réaffirme sa présence à l’échelle régionale, et si de nombreux pays la courtise, elle n’est pas encore une grande puissance militaire ni un acteur diplomatique central, hormis l’attention qu’on lui porte à Paris, Moscou, Tokyo ou Pékin, à chaque fois pour des raisons différentes ayant le plus souvent trait à leurs propres intérêts.

L’Inde en Antarctique

India Antarctica Station

Bharati Antarctica Station

India Antarctica Station

Maitri Antarctica Station

 

 

 

 

 

 

Le 3 et 4 Septembre 2015, le Center for Ocean and Environmental Studies, dépendant de l’Université de New Delhi, a commémoré les 30 ans des recherches de l’Inde en Antarctique. Le séminaire, organisé par le département de botanique de l’université, a abordé non seulement l’antarctique mais également les problématiques liées à la biodiversité, les ressources, le changement climatique et les menaces sur les écosystèmes de l’Himalaya indien, bordé par les états parmi les plus peuplés de la république, constituant une frontière stratégique face à la Chine et au Pakistan.

La période 1983-1985 correspond à la réalisation par l’Inde de six expéditions en Antarctique avec dès 1983 l’établissement d’une première base permanente, suite à sa signature du Antarctic Treaty System[i]. L’Inde avait déjà mené 2 missions en 1981 et 1982 vers ce continent au sud de son océan. En 2015, après 35 expéditions, l’Inde fait partie des nations les plus actives sur le continent avec 3 stations permanentes : Dakshin Gantori, Maitri (illustration) spécialisée dans la géologie et la médecine et Bharati (illustration) spécialisée dans l’océanographie.

Symbole de l’importance que le gouvernement indien attribue à l’Antarctique, le Premier Ministre Modi devrait s’y rendre courant Octobre après sa visite aux Etats Unis. Cette visite a comme prétexte l’étude de l’évolution du climat en Inde, celle-ci subissant depuis plusieurs années une baisse des précipitations durant la mousson, changement qui trouverait son origine en Antarctique. Modi devrait en profiter pour inaugurer une nouvelle station de recherche. Mais l’Inde s’intéresse à d’autres aspects en Antarctique mais aussi en Arctique.

Historique de la présence

L’origine des missions indiennes en Antarctique remonte à la coopération entre la Indian Space Research Organisation et le Hydometeorological Centre of Russia qui a permis à des scientifiques indiens de participer aux missions soviétiques, dont la 17ème de 1971 à 1973. Aujourd’hui le programme de recherche est géré par le National Centre for Antarctic and Ocean Research, organisme de recherche dépendant du Ministère des Sciences de la Terre. Le Department of Ocean Development participe à la sélection des chercheurs envoyés sur place.

En 1983 l’Inde a obtenu le statut de partie consultative du Scientific Committee on Antarctic Research (SCAR) et en 1986 membre de la Convention on the Conservation of Antarctic Marine Living Resources (CCAMLR). Elle a ratifié en 1997 le Protocol on Environmental Protection to the Antarctic. Elle coopère également la Intergovernmental Oceanographic Commission (IOCINDIO) et fait partie de la United Nations Convention on the Law Of the Seas (UNCLOS)[ii]. Elle mène dans ses stations des recherches sur l’origine des continents, le changement climatique et la météorologie.

L’Inde s’intéresse à l’Antarctique dans la continuité du renouveau de son influence dans l’Océan Indien. Plusieurs des pays actifs dans cet océan le sont également en Antarctique (Etats Unis, Australie, Royaume Uni et France). Un des moteurs de ce renouveau est la stratégie chinoise dans la région. Or la Chine est également de plus en plus active en Antarctique[iii] : elle vient d’ouvrir sa quatrième base, en planifie une cinquième et construit son deuxième brise-glace. Signataire du traité antarctique, la Chine ferait de l’exploration des ressources sous couvert scientifique.

Enjeux des arctiques

L’Inde, bien que signataire du traité de l’Antarctique interdisant l’exploitation des ressources locales, pourrait arguer qu’elle était directement rattachée au continent[iv]. Aujourd’hui 7 pays revendiquent des portions du continent (Norvège, Australie, France, Nouvelle Zélande, Chili, Royaume Uni et Argentine). La Russie et les Etats Unis, ayant chacun plusieurs bases, s’étant réservé le droit de le faire (le Brésil a récemment revendiqué une zone d’intérêt). Ces revendications n’ont aucune reconnaissance internationale d’où l’intention indienne de les remettre en cause.

En effet, il apparait que des gisements de pétrole[v], et de manganèse[vi], existeraient dans le sous sol antarctique (ressources identifiées par le biais des recherches géologiques). La faisabilité, et la rentabilité, de l’exploitation de ces ressources reste à déterminer. Quant au respect des règles en vigueur, il ne s’applique en principe qu’aux pays signataires des traités et protocoles. Il en va de même pour les eaux territoriales des portions qui seraient reconnues. La convention UNCLOS s’appliquerait ainsi à ces eaux et des zones économiques exclusives seraient ainsi créées.

En arctique, l’Inde a un statut d’observateur permanent de son conseil éponyme depuis 2013 avec d’autres pays comme la Chine, l’Italie, le Japon, la Corée du Sud ou Singapour. Le Président Pranab Mukherjee s’est rendu en visite d’état en Norvège et Finlande, démontrant ainsi l’intérêt de l’Inde pour les questions arctiques. Si la motivation officielle de son implication dans cette région est scientifique[vii], il faut rappeler qu’elle est le quatrième pays consommateur d’énergie au monde. Le réchauffement climatique facilitant l’accès aux ressources de la région, l’Inde se positionne.

****

Que ce soit au niveau régional ou international l’Inde cherche à développer des relations diplomatiques et économiques avec ses voisins et avec des pays pouvant soutenir son développement ou ses revendications. Elle cherche en particulier à contrer l’influence croissante et l’encerclement[viii] de la Chine dans l’Océan Indien en misant entre autres sur sa diaspora et ses liens historiques ou religieux avec les états océaniques. De même, elle s’intéresse à l’Antarctique et l’Arctique pour sécuriser l’accès à des ressources énergétiques, par exemple par la signature d’un accord avec la Russie lors de la visite du Premier Ministre Modi à Moscou fin 2014.

Références

i Antarctic Treaty System – https://en.wikipedia.org/wiki/Antarctic_Treaty_System

ii http://www.un.org/depts/los/convention_agreements/texts/unclos/closindx.htm

iii China is making moves in Antarctica – http://uk.businessinsider.com/china-is-making-moves-in-antarctica-2015-5?r=US&IR=T

iv « Indian Antarctic Program: Scientific and Politico Strategic Fallouts, and Economic Spinoffs », The Indian Institute of Science, Bangalore, Mai 2013

v Why do so many nations want a piece of Antarctica? – http://www.bbc.com/news/magazine-27910375

vi Manganese Deposits of Variable Composition from North of the Indian-Antarctic Ridge – http://www.nature.com/nature-physci/journal/v242/n120/abs/physci242106a0.html

vii Elle y a une station de recherche, Himadri, depuis 2008 au Spitsberg.

viii Inde-Chine, entre encerclement et contre-encerclement, Général (2S) Jean Vincent Brisset, Pierre Memheld, Revue Défense National, Septembre 2015

L’Inde nucléaire

Dr Abdul Kalam hands over a replica of the Brahmos missile to Indian Armychief J.J. Singh

Dr Abdul Kalam hands over a replica of the Brahmos missile to Indian Armychief J.J. Singh

L’ancien Président de la République Abdul Kalam[i] est décédé le 27 Juillet 2015 après une longue carrière comme scientifique. Né en 1931 dans une famille musulmane modeste du Tamil Nadu, son père était Imam, le jeune Kalam se fait remarquer par sa volonté d’étudier, en particulier les mathématiques. Après des études au Collège Saint Joseph de Tiruchirappalli[ii], il rejoint l’Université de Madras dont il sort diplômé en physique en 1954. Il étudie ensuite l’ingénierie aérospatiale au Madras Institute of Technology et manque de peu de devenir pilote de chasse.

Il rejoint alors le Aeronautical Development Establishment de la Defense Research and Development Organisation (DRDO) où il conçoit un hélicoptère léger pour l’armée. Membre du Indian National Committee for Space Research (INCOSPAR) il est transféré en 1969 à la Indian Space Research Organisation (ISRO) où il est directeur du projet du premier Satellite Launch Vehicle. Dans les années 70, Kalam est en charge des projets de missiles balistiques indiens et assiste au premier test nucléaire le 18 Mai 1974, bien qu’il n’ait pas participé directement à sa préparation.

Kalam joua par la suite un rôle majeur, pour ne pas dire central, dans le développement des programmes de missiles indiens, dont ceux à capacité nucléaire, pour finir Chief Scientific Adviser du Premier Ministre et Secretary (directeur) de la DRDO de 1992 à 1999. Le second essai nucléaire indien, Pokhran II (1998), fut réalisé durant cette période sous sa supervision ce qui fit de lui le scientifique nucléaire le plus connu car il joua un rôle politique dans ce programme. Au demeurant il n’est pas le « père » de la bombe indienne. Cette notoriété lui servit comme Président.

« Smiling Buddha »

Réalisé sur une base militaire du Rajasthan, Pokhran-I est également le premier essai nucléaire d’une nation non membre du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Le programme nucléaire indien débute en 1944 quand le véritable père de la bombe, le physicien Homi J. Bhabha créé le Tata Institute of Fundamental Research. Auparavant il était chercheur en physique nucléaire à Cambridge avant de retourner en Inde au début de la guerre en Europe. En 1948, Nehru le nomme directeur du programme nucléaire et représentant de l’Inde auprès des instances internationales.

S’il préside la conférence des Nations Unies pour les usages pacifiques de l’énergie atomique, il milite également pour le développement de l’armement indien en la matière. Après la guerre Sino-Indienne de 1962, il demande fermement et publiquement que l’Inde ait des armes nucléaires. Encore aujourd’hui, ces deux approches coexistent en Inde. D’une part elle a un accord spécifique avec l’Agence International pour l’Energie Atomique (AIEA) et le Nuclear Suppliers Group (NSG) pour avoir accès au marché international des technologies et des matériaux nucléaires.

D’autre part l’Inde n’est toujours pas signataire du Traité de Non-Prolifération des Armes Nucléaires (NPT) et n’accepte pas les inspections de son programme nucléaire militaire. D’après le SIPRI, l’arsenal indien serait de 90 à110 têtes[iii]. L’Inde possède non seulement toutes les installations pour produire du plutonium à usage militaire mais également bientôt tous les vecteurs nécessaires au déploiement de cette dissuasion : avions, missiles, sous marins[iv]. Et malgré les sanctions appliquées après son essai de 1998, elle n’a jamais pas exclu d’en conduire d’autres.

Dissuasion crédible

Initié avant l’indépendance du pays le 15 Août 1947, le développement du programme nucléaire (civil) après fut entre autres motivé par le besoin d’avoir une source d’énergie autonome. Le débat politique interne sur la nécessité d’un programme militaire fut longtemps actif entre les scientifiques prônant la nécessité d’une dissuasion crédible face à la Chine et des politiciens s’y opposant pour des raisons économiques et morales. Bien qu’opposé au principe des armes nucléaires, un Premier Ministre, Lal Bahadur Shastri autorisa un premier programme de recherche en 1964[v].

Le premier essai réussi de 1974 ne fut pas immédiatement suivi d’une fabrication d’armes nucléaires, bien que cela aurait été possible, jusqu’au milieu des années 80 et les efforts du Pakistan pour en acquérir. Le Pakistan réagit à un très important exercice militaire indien à sa frontière par des menaces à peine voilées de riposte nucléaire. Ceci devait convaincre le Premier Ministre Rajiv Gandhi d’autoriser le développement d’armes nucléaires indiennes. Mais dans le même temps il militait pour la non-prolifération de ces armes.

Le risque de nouvelles sanctions économiques a à nouveau ralenti le programme militaire en 1995 suite à la découverte par les services de renseignement américains de la préparation d’un nouvel essai[vi]. Et c’est un Premier Ministre BJP, Atal Bihari Vajpayee, qui devait relancer les essais en 1998, les 11 et 13 Mai. Peut après l’Inde se déclarait être un « nuclear weapon state ». En 1999, le National Security Advisory Board rédigea une première doctrine indienne mettant en avant deux principes : pas de première utilisation et une posture défensive de dissuasion minimum crédible.

Stratégie régionale

Elu en 2002 avec le soutient du parti du Congrès au pouvoir mais également celui du BJP de Narendra Modi et du Parti Nationaliste, Kalam fut surnommé le « Président du Peuple ». S’il aurait pu se présenter pour un second mandat, il choisit plutôt de retourner à la vie civile et devint professeur dans plusieurs grandes écoles de management ou de sciences. Tout en étant musulman pratiquant, Kalam prêchait le syncrétisme et le respect des différentes croyances et cultures indiennes. Il fut cependant critiqué pour certaines de ses décisions liées à ses pouvoirs de Président.

Mais en tant qu’ancien responsable du programme nucléaire Kalam a écrit un livre « India 2020 » proposant un plan d’action pour faire de l’Inde une « superpuissance du savoir » et lui conférer un rôle plus affirmé dans les relations internationales. Son développement économique et militaire, à l’échelle régionale ou internationale, fait actuellement de l’Inde un acteur de plus en plus central sur certaines questions internationales (Asie Pacifique, Océan Indien, Asie Centrale)[vii]. Kalam voyait le programme nucléaire militaire comme un moyen d’affirmation de cette position.

La doctrine nucléaire indienne a évolué au vu du renforcement des liens entre la Chine et le Pakistan et pour tenir compte d’une variété de menaces plus grande. L’Inde maintient ainsi une capacité intégrée et permanente de riposte contrôlée par le pouvoir civil : la Nuclear Command Authority composée d’un Political Council, présidé par le Premier Ministre, seule instance pouvant autoriser l’emploi d’armes nucléaires, et d’un Executive Council, dirigé par le National Security Advisor, fournissant les éléments de décision au pouvoir politique.

Nucléaire civil

Le plutonium utilisé lors du premier essai nucléaire indien fut raffiné dans le réacteur CIRUS fourni par le Canada en utilisant de l’eau lourde fournie par les USA. Le Canada devait rompre sa coopération nucléaire avec l’Inde suite à cet essai alors que les USA devaient la poursuivre en continuant les livraisons d’uranium enrichi pour le réacteur Tarapur. Celui-ci avait été construit par Bechtel et General Electric en 1963 suite à un accord entre l’Inde, les USA et l’AIEA. La coopération nucléaire entre les deux pays n’est donc pas nouvelle.

Mais après les essais de 1998 elle fut à nouveau suspendue jusqu’en 2005 et la signature du US India Nuclear Cooperation Agreement. Depuis si l’Inde, avec l’autorisation du NSG, peut à nouveau commercer sur le marché du nucléaire, il ne s’agit que du pan civil de ses activités, le programme militaire restant hors de portée des inspecteurs internationaux. L’Inde séparant ses activités civiles et militaires a ainsi pu renouer des coopérations nucléaires avec la Russie, la France, le Royaume Uni, la Corée du Sud, le Canada, l’Argentine et le Kazakhstan, la Mongolie ou la Namibie[viii].

Elle a multiplié les projets de construction de réacteurs, nécessaires pour soutenir son développement industriel avec les USA, la France ou le Canada. 21 réacteurs produisent déjà 5780MW, 6 nouveaux sont en construction pour 4300MW et 33 autres sont planifiés pour 33564MW. Depuis les années 90, la Russie est un des principaux fournisseurs d’uranium et a signé un accord de coopération civile prévoyant la construction de 18 réacteurs, accord héritier des coopérations énergétiques entre les deux pays remontant à l’ère soviétique.

***

Comme dans le secteur défense, l’Inde cherche à devenir autonome du point de vue énergétique en acquérant des technologies par l’ouverture de son marché intérieur. A l’inverse l’Inde est indépendante pour son programme militaire, malgré une aide initiale des USA, Canada et URSS. Le développement de son armement va de paire avec celui de son armement conventionnel, en particulier les vecteurs de projection. Ici aussi la Russie joue un rôle essentiel par ses avions, le programme commun de missile Brahmos et la location de sous marins nucléaires.

Aussi bien Barack Obama que Vladimir Poutine ont rendu hommage à Abdul Kalam, soulignant ainsi le rôle de l’Inde comme acteur nucléaire et acteur régional. Mais c’est un autre évènement récent qui pourrait changer la donne, l’accord Iran-USA sur le nucléaire. L’arrivée sur le marché du brut iranien pourrait faire baisser les prix, favoriser les raffineries indiennes et ainsi renforcer les relations économiques existantes entre les deux pays[ix]. Ces avantages l’Inde les a acquis en n’appliquant pas les sanctions internationales vis-à-vis de l’Iran.

Références

i Avul Pakir Jainulabdeen « A. P. J. » Abdul Kalam : le poste de Président en Inde n’est pas politique bien que désigné indirectement par les électeurs par les deux parlements nationaux et les assemblées des états. Il est formellement le chef de l’exécutif, du législatif et des armées. Mais en pratique ces fonctions sont exercées par le Premier Ministre et le gouvernement.

ii « St.Joseph’s College was established in 1844 by the Fathers of Society of Jesus (The Jesuits). It is one of the oldest institutes in the World. Among all St.Joseph’s Colleges, it is the third oldest institute. It was affiliated to Madras University in 1869. »

iii ”World Nuclear Forces,” SIPRI Yearbook 2014 (Oxford University Press: Oxford, 2014), http://www.sipri.org

iv « L’Inde : puissance militaire ? », Revue Défense Nationale – N° 774 – Novembre 2014

v Subterranean Nuclear Explosion for Peaceful Purposes (SNEPP)

vi George Perkovich, India’s Nuclear Bomb: The Impact on Global Proliferation (Berkeley: University of California Press, 1999)

vii « L’Inde, acteur diplomatique central ? », Cahiers du Comité Asie de l’ANAJ-IHEDN – Mai 2015, http://www.anaj-ihedn.org/WordPress3/wp-content/uploads/2015/05/CCA10-v4-HD.pdf

viii India, Country Profile, Nuclear Threat Initiative

ix « India and the Iran deal », Brookings – Tanvi Madan – July 20 2015

Le MMRCA : une nouvelle saison ?!

India MMRCA

La saison précédente du MMRCA[i] s’était terminée sur un rebondissement comme seules les bonnes séries savent le faire : en lieu et place d’un contrat résultant de 3 ans de négociations exclusives à l’issue d’un long processus de sélection dans le cadre d’un appel d’offres pour acquérir 126 appareils, les gouvernements indien et français sont entrés en discussions directes pour la vente de 36 appareils seulement en « conditions de vol »[ii].

Le 30 Juillet, le Ministre de la Défense Indien, Manohar Parrikar, annonçait l’abandon de l’appel d’offres MMRCA. Cette annonce, logique si l’on considère que cet appel d’offres avait été vidé de son sens par l’annonce du Premier Ministre Modi en Avril à Paris, a surtout permis aux critiques des gouvernements indiens et français de souligner leurs échecs, plus au niveau politique qu’industriel ou militaire.

Mais le 3 Août des « sources informées » ont laissé entendre à la presse indienne qu’un nouvel appel d’offres pour 90 appareils serait lancé après la publication des nouvelles procédures d’achats du Ministère de la Défense[iii]. L’information met clairement l’accent sur le rôle du secteur privé de la défense dans le cadre de la politique du « Make In India ». Cette annonce, si elle devait se confirmer, serait le rebondissement de la nouvelle saison de la série « MMRCA ».

Les enjeux militaires et industriels

Bien que Dassault et Hindustan Aeronautics Limited (HAL) aient eu 3 ans pour mettre sur pied un mécano industriel permettant de respecter les procédures d’achat du Ministère de la Défense Indien[iv], il est apparu que des obstacles, et conditions, ont empêché la conclusion d’un tel accord. Or l’Armée de l’Air Indienne (IAF) doit remplacer dans les années à venir jusqu’à 250 ou 300 de ses appareils de chasse. Donc tout délai dans les discussions reportait d’autant les livraisons.

Entre autres obstacles, il semble que HAL ne parviendrait pas à tenir son rôle dans le mécano industriel. Le plan initial prévoyait la construction d’une petite série en France puis progressivement une construction des appareils restant en Inde. Cela impliquait le transfert de savoirs faire et de technologies vers les industriels indiens impliqués, processus nécessitant d’identifier pour chaque membre du GIE Rafale d’un partenaire indien capable d’assurer la production des éléments.

Une interprétation d’un achat en « conditions de vol » de 36 Rafale est la construction de l’ensemble des éléments des avions, et leurs intégrations, en France. Or cela contredit la règle des procédures d’achats spécifiant que pour les contrats publics de défense il faut de 30 à 50% de compensations industrielles. Ces offsets seuls nécessitent l’achat d’éléments à des partenaires indiens qualifiés, ce qui nécessiterait transferts de savoirs faire et de technologies.

Les enjeux politiques internes et internationaux

L’appel d’offres MMRCA est symbolique de par ses enjeux militaires et industriels mais également sur le plan de la politique interne. En effet, Narendra Modi a centré sa politique économique sur l’objectif de faire de l’Inde une puissance industrielle pour qu’elle devienne autonome et exportatrice[v]. Renoncer au « Make In India » pour le MMRCA aurait eu un impact important pour Modi d’autant qu’il est déjà critiqué pour le manque de résultat de cette politique.

Seulement acheter un avion de chasse, qu’il soit de 4ème ou 5ème génération, n’est pas une simple action commerciale. Une des raisons des multiples saisons à rebondissement du MMRCA, qui dure depuis plus de 10 ans, est la forte influence du politique sur le contrat que ce soit au plan interne et international. L’Inde devient peu à peu un acteur diplomatique central[vi], dans l’Océan Indien[vii] et pour l’Asie Pacifique[viii], car elle est un partenaire important pour plusieurs pays.

Les Etats Unis, la France, la Russie, l’Iran, le Japon, l’Australie ou les Seychelles se rapprochent de l’Inde, que ce soit pour leurs objectifs locaux, régionaux ou internationaux. De par ses relations historiques, économiques ou militaires, parfois anciennes, avec eux, l’Inde est un pays avec lequel on peut passer des accords sur tous les sujets. Et si son économie se développe, ses besoins sont encore importants, à commencer pour moderniser son armement.

Nouvelle saison ou nouvelle série ?

Si l’Inde veut rationaliser son aviation, même avec 126 appareils le MMRCA n’aurait remplacé que la moitié, voire le tiers, des besoins de l’IAF. D’autre part confier un tel contrat à un seul fournisseur contredit la politique indienne visant à se rapprocher de tous ses partenaires. Sur le seul plan aéronaval les Etats Unis ont proposé à l’Inde leurs technologies de catapultes pour ses futurs portes avions, essentiels pour réaffirmer sa position dans l’Océan Indien.

Le nouvel appel d’offres permettrait de concilier ces deux approches : avoir assez rapidement 36 appareils pour pallier aux besoins immédiats tout en relançant la compétition entre les différents constructeurs/pays de l’appel d’offres précédents. En effet, il semblerait que tous les constructeurs soient à nouveau invités à concourir[ix] : Rafale, Gripen, F-16, F-18, Eurofighter et MiG-35. Chaque constructeur a d’ailleurs continué à pousser, et améliorer, son offre.

Les futures procédures d’achats devraient encore plus mettre l’accent sur la production locale, par le biais d’offsets et de transferts, mais également peut être au sens strict, c’est-à-dire par l’implantation de chaînes de montage complètes en Inde. Si cela va à l’encontre d’une rationalisation de la flotte de combat indienne, cela réaffirme la politique du « Make In India » tout en approfondissant les liens économiques, stratégiques et géopolitiques avec les différents pays partenaires.

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S’il est à noter que l’accord annoncé en Avril n’a pas encore été concrétisé par un contrat, il n’est pas exclu de penser que Dassault sera à nouveau sélectionné comme fournisseur pour le nouvel appel d’offres. Mais si l’on considère les lenteurs administratives, les jeux géo-politiques, les rebondissements et les contraintes pratiques d’un tel contrat sur plus de 10 ans, le nouvel appel d’offres pourrait connaître la même « longévité ».

Il ne faut pas juger des avancées de cet appel d’offres à la seule lumière des luttes politiques internes des pays concurrents dont la portée est bien inférieure à celle d’un tel contrat qui engagent deux pays sur plusieurs dizaines d’années. Les luttes d’influence entre les pays compétiteurs joueront un rôle central bien au-delà de la « simple » construction d’un avion de chasse. Et peut être ont-elles déjà joué un rôle dans la décision qui se dessine ?

Références

i Medium Multi-Role Combat Aircraft

ii « India to buy 36 Rafale jets in fly-away conditions from France », http://economictimes.indiatimes.com/articleshow/46881597.cms

iii « ‘Make in India’ for 90 medium combat jets », http://timesofindia.indiatimes.com/india/Make-in-India-for-90-medium-combat-jets/articleshow/48318408.cms

iv Defence Procurement Procedures

v « Airbus, Kamov, BAE: tous « Make in India »? », http://exmergere.info/2015/05/18/airbus-kamov-bae-tous-make-in-india/

vi « L’Inde, acteur diplomatique central ? », http://www.anaj-ihedn.org/cca-10/

vii « La France et l’Inde dans son Océan », http://exmergere.info/2015/07/20/la-france-et-linde-dans-son-ocean/

viii « Inde – Etats Unis : convergences ou divergences ? », http://exmergere.info/2015/06/07/inde-etats-unis-convergences-ou-divergences/

ix « India Is Set to Re-Compete MMRCA! », http://defense-update.com/20150802_mmrca-3.html

La France et l’Inde dans son Océan

VARUNA 2015

VARUNA 2015

L’exercice VARUNA[i] entre les marines Indiennes et Françaises s’est terminé le 2 Mai 2015. Il s’agissait de la 14ème édition de cet exercice bilatéral destiné à « renforcer l’interopérabilité. En partageant leurs expériences et en s’entrainement dans l’application de procédures communes, les deux forces armées solidifient leur coopération ». Du côté français, le Charles de Gaulle (PACDG), et ses Rafale[ii], était accompagné de deux frégates et d’un pétrolier ravitailleur[iii]. Le PACDG venait du Golfe Persique où il participait à l’opération Chammal[iv].

De son côté, l’Inde engageait pour cet exercice les bâtiments suivants : le porte avions Viraat, et ses Sea Harriers[v], un destroyer, deux frégates, un pétrolier ravitailleur et un sous marin. Au-delà de la coopération entre deux pays présents militairement dans l’Océan Indien, il s’agit pour l’Inde de réaffirmer son rôle dans cette région. Cet océan est stratégique pour l’Inde avant tout au regard du déploiement de moyens navals et de renseignement chinois jusqu’au plus près de ses côtes (Sri Lanka, Pakistan, Bangladesh, Myanmar)[vi].

La menace grandissante de la Chine ?

Un rapport américain a récemment souligné le renforcement des moyens militaires chinois dans l’Océan Indien pour les prochaines années[vii]. Mais il ne s’agit pas seulement de déploiement de navires, ou stations d’écoute, mais également de moyens et accès logistiques. La Chine a financé l’agrandissement du port de Gwadar, relié à son territoire par route et rail, et projette de faire de même au Myanmar, en parallèle d’un gazoduc pour exploiter les champs au large de ce pays[viii].

On le voit ici les Etats Unis veulent à tout prix se rapprocher de l’Inde pour contenir l’expansion chinoise en Asie Pacifique. Mais l’Inde elle cherche à déployer sa propre politique dans la région, et dans l’Océan Indien, pour défendre ses intérêts. Les deux approches sont complémentaires mais pas nécessairement compatibles. L’Inde cherche par exemple à maintenir sa relation avec la Russie[ix] et finance sa propre stratégie de contre-encerclement avec le financement d’un port en Iran, deux pays confrontés aux Etats Unis.

Pour en revenir à la Chine, l’Inde réagit désormais aux déploiements navals, et aux incursions terrestres, en accroissant ses propres moyens militaires dans ces deux dimensions[x]. Mais dans le même temps, les deux pays sont d’importants partenaires économiques de l’autre et les coopérations dans cette dimension tendant à se développer. Ainsi la visite du Premier Ministre Modi en Chine à la mi Mai 2015 avait comme objectif l’économie[xi], tout en abordant la problématique des frontières par le biais des investissements dans ces zones.

Il n’en reste pas moins que le développement de la présence chinoise dans l’Océan Indien est perçu comme une menace[xii]. L’océan est l’ »arrière cour » voire même la « profondeur stratégique »[xiii] de l’Inde. Or l’Inde n’est pas « maitresse » de cette continuation naturelle de ses intérêts économiques et stratégiques. En effet, malgré des relations historiques et une forte diaspora sur tout son pourtour, l’Inde ne contrôle réellement que les îles Andaman et Nicobar au débouché du très stratégique détroit de Malacca[xiv].

L’Inde cherche à moderniser ses navires existants et à en construire de nouveaux. Elle renforce ses capacités de surveillance en déployant de nouveaux radars côtiers, non seulement en Inde[xv], mais également aux Seychelles, Maldives, Maurice et même Sri Lanka[xvi]. Les pays de l’ »Indian Ocean Region » sont au centre du jeu politique et militaire de plusieurs pays dont l’Inde et la Chine. Le Premier Ministre Narendra Modi a visité les Seychelles, Maurice et le Sri Lanka à la mi Mars pour renforcer les liens avec cet « étranger proche »[xvii].

Quels alliés dans l’Océan Indien ?

Bien entendu l’Inde cherche plus loin que ces voisins pour tenter de contrer la Chine, par exemple par de multiples coopérations avec les Etats Unis. Celle-ci s’appuyant sur le Pakistan, l’Inde a décidé dans le même temps de s’appuyer sur l’Iran à l’ouest[xviii]. Les deux pays ont en commun l’intérêt de l’avenir de l’Afghanistan[xix] ou le combat contre l’Etat Islamique[xx]. L’Iran voulant contrôler l’entrée du Golfe Persique, l’Inde finance à Chabahar, sur la côte océanique, le développement d’un port relié à l’Afghanistan par une autoroute[xxi].

La France, les Etats Unis, le Royaume Uni, l’Australie sont présents militairement. Les Maldives, les Seychelles ou même Madagascar et l’Indonésie n’ont pas de capacités notables en matière maritime[xxii]. La piraterie dans l’ouest de l’océan tend à montrer la difficulté pour les pays africains à maitriser leurs eaux[xxiii]. Et les pays directement frontaliers de l’Inde sont soit en conflit avec elle (Pakistan, Bangladesh) soit ne sont pas des alliés objectifs[xxiv], comme d’ailleurs aucun de ses voisins proches même s’ils partagent des intérêts communs.

A l’est de l’océan, l’Inde renforce toutefois ses relations avec l’Indonésie et la Malaisie, pays qui plus est musulmans[xxv], mais aussi les Philippines et le Vietnam en Mer de Chine du Sud. Les Etats Unis ont une forte présence navale dans la région, avec la 5ème flotte stationnée au Bahreïn plus la 6ème et 7ème flotte se partageant la responsabilité de l’océan, ou encore la base navale de Diego Garcia. L’Australie et l’Inde se sont également récemment rapprochées sur les plans économiques, militaires et nucléaires.

La France elle maintient une forte présence avec ses bases à la Réunion et Djibouti pour couvrir ses DOM/TOM et TAAF de la zone. Cette présence tant militaire que territoriale est à l’origine d’une coopération dans plusieurs domaines et intérêts partagés : « la France doit mettre en avant sa stratégie dans l’Océan Indien, tout en mettant en avant l’Inde dans le cadre de la coopération bilatérale tout en l’intégrant avec les autres partenariats en cours de développement dans la région »[xxvi].

L’Inde cherche à renforcer ses capacités navales, s’appuyant sur une diplomatie sécuritaire et économique active[xxvii], dans sa zone naturelle d’influence. L’ancienneté de la coopération franco-indienne dans les industries de défense pourrait créer de nouvelles opportunités. L’Inde a déjà acheté à la France des sous-marins et des avions[xxviii]. Ne pourrait-il pas y avoir, dans la continuité d’un prochain achat du Rafale, la possibilité de pousser la coopération navale plus loin, avec des moyens mutualisés voire des moyens développés en commun[xxix] ?

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Une coopération renforcée dans l’Océan Indien permettrait aux deux pays d’améliorer leurs présences mutuelles pour la surveillance de leurs zones économiques exclusives, de leurs terres émergées sans présence humaine permanente, et des voies maritimes à risque. Si l’on considère les coopérations développées avec les archipels cités, et les pays « proches » de l’Inde, on peut considérer que la quasi-totalité de l’Océan Indien ainsi serait couverte pour ne pas dire contrôlée et protégée.

Mais il est un dernier domaine dans lequel la France et l’Inde ont des intérêts à partager, leurs présences respectives en Antarctique. Chaque pays y possède une base et y envoie des missions scientifiques. L’Antarctique est dans la continuité de la logique du « retour » de l’Inde dans « son » océan où la France est également présente par ses différents archipels. La France maintient des troupes et des navires dans la région ainsi qu’une présence humaine aux Kerguelen et sur le continent Antarctique.

Références

i Varuna (devan?gar? ???? [??ru??]) est l’une des divinités les plus importantes du panthéon du védisme en tant que dieu du ciel et est dans l’hindouisme le dieu de l’océan1, le gardien de l’orient (lokapala) de l’ouest.

ii Ainsi que des Super Etendard et Hawkeye.

iii Le GAN est actuellement composé du porte-avions Charles de Gaulle, de la frégate de défense aérienne Chevalier Paul, de la frégate anti sous-marine Jean de Vienne et du pétrolier ravitailleur Meuse.

iv « Irak : Le porte-avions Charles de Gaulle a quitté l’opération Chammal » – http://www.opex360.com/2015/04/20/le-porte-avions-charles-de-gaulle-quitte-loperation-chammal/

v Ainsi que des appareils de reconnaissance maritime P-8I Neptune et Dorniers.

vi La Chine a ainsi créé des bases navales en Birmanie (Sittwe), au Bangladesh (Chittagong), au Sri Lanka (Hambantota) et au Pakistan (Gwadar): « L’Inde et son Océan » – http://www.iris-france.org/linde-et-son-ocean/

vii « China may expand its military access in Indian ocean: Pentagon report » – http://economictimes.indiatimes.com/articleshow/47275603.cms?utm_source=contentofinterest&utm_medium=text&utm_campaign=cppst

viii « With Oil And Gas Pipelines, China Takes A Shortcut Through Myanmar » – http://www.forbes.com/sites/ericrmeyer/2015/02/09/oil-and-gas-china-takes-a-shortcut/

ix Le Président Indien, Pranab Mukherjee, en visite officielle à Moscou pour la commémoration de la victoire de 1945, a ainsi déclaré : « Our relationship stands apart. Russia is and will be a dependable partner in defence matter and energy security despite the relationships with other countries developed by Russia or developed by India » – http://ibnlive.in.com/news/russia-a-dependable-partner-of-india-president-pranab-mukherjee/545036-3.html

x « L’Inde : puissance militaire ? », Pierre Memheld, Revue Défense Nationale N°774, Novembre 2014

xi « As it happened: Narendra Modi’s China Visit — Day 1 » – http://timesofindia.indiatimes.com/narendra-modi-china-visit%E2%80%94day-1/liveblog/47277043.cms

xii La Chine a une stratégie, dite du « collier de perles », visant à déployer ma marine non seulement en Asie du Sud-est mais également dans l’Océan Indien.

xiii L’expression profondeur stratégique désigne, dans la littérature militaire, et pour une armée donnée, la distance qui sépare les lignes de front (ou lieux de bataille) des principaux centres industriels, villes capitales, et autres concentrations de population ou de production militaire.

xiv Ainsi que le petit archipel Lakshadweep au nord des Maldives.

xv « New Gurgaon hi-tech maritime surveillance centre watches over nation’s 7,000 km coast », Ramnath Pai Raikar, The Navind Times, Mars 2015

xvi « India Developing Network of Coastal Radars », Oscar Nkala, Defense News,  Mars 2015

xvii « Modi’s three-nation tour: kicking off the maritime great game? », Rajeshwari Krishnamurthy, Eurasia Review, Mars 2015

xviii Au-delà de la question maritime, l’Inde achète du pétrole à l’Iran, bravant les sanctions en place.

xix Sur les relations Inde Iran : « L’Inde, acteur diplomatique central? », Pierre Memheld, Les Cahiers du Comité Asie de l’IHEDN, Mars 2015

xx « Combattre l’Etat Islamique : la perspective de l’Inde », Pradhuman Singh et Pierre Memheld, Revue de la Défense Nationale, Avril 2015

xxi « Why this Iran port is important », The Economic Times, Octobre 2014

xxii Pays rassemblés dans l’Indian Ocean Rim Association

xxiii Et alors même que l’Inde perçoit la piraterie de plus en plus comme une menace : « Somali pirates shifting location towards India, Manohar Parrikar says », PTI, Times of India, Mars 2015

xxiv Le Pakistan, « ennemi héréditaire », ayant même obtenu l’autorisation des Nations Unies d’étendre les limites de ses eaux territoriales : « Pakistan welcomes UN approval for extending maritime zone », Economy Lead, Mars 2015

xxv Op. cit.

xxvi Sur la nature et les limite de cette relation : « The French Strategy in the Indian Ocean and the Potential for Indo-French coopération », Isabelle Saint-Mézard, RSIS / IFRI, Mars 2015

xxvii Elle utilise l’attrait de son marché intérieur, et le développement de son industrie, pour se créer des partenariats stratégiques bien au-delà de ce seul océan : Etats Unis, Russie, Japon, Brésil.

xxviii 36 Rafale dont le contrat reste à signer, et 56 Airbus C295 construits en partenariat avec le groupe Tata.

xxix « India pleads for common naval platform in Indian Ocean », Business Standard, Mars 2015

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