#Entreprises et #Renseignement: il aura fallu 25 ans? « Les services de renseignement et les entreprises font front commun »

Le rapport Martre, « Intelligence économique et stratégie des entreprises« , est sorti il y a 25 ans et il aura fallu tout se temps, quelques centaines d’entreprises disparues ou déstabilisées, sans oublier les centaines de milliers d’emplois perdus, pour qu’enfin un début de réaction survienne, à savoir l’utilisation des moyens de renseignement régaliens pour la « promotion des intérêts économiques français »:

Les services de renseignement et les entreprises font front commun.
Les services de renseignement ont rencontré plusieurs dizaines de dirigeants du CAC 40 pour identifier leurs besoins. Ils réorientent clairement leur action vers la protection et la promotion des intérêts des entreprises au côté de la lutte antiterroriste. »

Il faut bien entendu que cela soit le cas: au nom de quel principe n’y aurait il pas coordination entre les l’état, et ses services, et les entreprises. Des pays comme la Chine, l’Allemagne, Israël, et bien entendu les Etats Unis savent que leur intérêt est celui de leurs entreprises, avec souvent une circulation à deux sens entre le privé et le public des cadres et dirigeant, favorisant ainsi le partage d’informations et de contacts.

Il y a eu deux écueils en France pour cela: d’une part un débat juridico-éthymologique sur ce qu’est une entreprise française, certains ayant d’importants actionnaires étrangers dans leur capital; de l’autre un obstacle tenant au renseignement lui-même, à savoir l’utilisation non contrôlée des informations transmises par les entreprises elles-mêmes, pouvant engendrer la compromission des moyens confidentiels, voire clandestins, utiliser pour les obtenir.

La coordination devient nécessaire mais cette fonction pour le renseignement est relativement récente, le poste n’ayant été créé qu’en 2008. Mais cette fois-ci l’objectif semble clairement établi: « Le premier objectif de notre politique de sécurité économique, indique la Coordination du renseignement dans sa stratégie nationale, est de détecter et de neutraliser le plus en amont possible toute menace […] susceptible d’affecter les intérêts économiques, industriels et scientifiques. »

Cette fois-ci car des essais de « sas de transfert » entre les services et les entreprises ont déjà été tentés, avec le Haut Responsable à l’Intelligence Economique, M. Alain Juillet avec des obstacles d’ordres administratifs mais aussi culturels: les services de renseignement ne sont pas sensés parler de ce qu’ils font et les autres administrations présentes en ambassades ne sentent pas toujours concernées; les entreprises elles se méfient parfois de l’état omniprésent.

La création de l’Intelligence Economique a peut être aussi brouillée les pistes, entre amateurismes ou barbouzeries et des « anciens » des services n’assumant pas toujours leur passé ou à l’inverse voulant appliquer les mêmes méthodes: sauf qu’une entreprise n’a ni les moyens, ni l’organisation, ni la formation et surtout pas l’autorité régalienne de mener des actions de renseignement, qui en plus ne sont efficaces que dans le temps long là où une société pense en quelques années ou mois.

Cependant les méthodes sont parfois les mêmes, les outils également et au final les sources aussi: quand une entreprise va rencontrer les responsables politiques et économiques d’un pays pour comprendre les circuits de décision, fait-elle de la conduite de ses affaires ou du renseignement d’origine humaine? La limite est simple: la légalité et la légitimité à le faire, c’est à dire pour elle-même avec un objectif défini et une approche transparente.

« La Coordination nationale du renseignement cible également l’édiction par les Etats et les acteurs privés étrangers de normes à portée extraterritoriale qui peut « s’accompagner d’actions d’influence agressives », ainsi que les enquêtes d’autorités judiciaires étrangères à l’encontre des entreprises françaises . Des procédures qui forcent les entreprises à transférer des actifs essentiels (informations confidentielles relatives aux dirigeants, clients fournisseurs etc.) ou à se retirer de certains marchés. Le tombereau d’amendes infligées à BNP Paribas, Alstom ou Technip a servi d’exemple. Et le dossier Airbus est loin d’être réglé. »

Si les cas cités sont connus, et reflètent effectivement la volonté et la coordination d’un état au bénéfice de ses intérêts nationaux, il ne faut pas oublier deux facteurs essentiels: comment empêcher un état souverain d’édicter et d’appliquer ses propres lois, certes de façon très large? Les actions en justices ont pour base des enfreintes effectives à la loi … certains cherchant même à minimiser les délits commis au prétexte justement d’une certaines concurrence déloyale.

C’est vouloir prendre des raccourcis et c’est un argument difficilement opposable en justice. C’est aussi oublier que les causes d’échec d’une entreprise sont multiples: mauvaise appréciation de l’évolution des marchés; absence de prise en compte des nouvelles technologies; inadaptation aux nouvelles réglementations et lois; erreurs de gestion, de communication, fraudes des dirigeants, etc. … toutes choses sur lesquelles il est recommandé d’être attentif pourtant dès ses études.

Après 25 ans d’IE, force est de constater que, malgré de très nombreuses formations, sensibilisations, recommandations et publications sur le sujet, l’on peut encore trouver aujourd’hui des entreprises qui ne veillent pas sur leurs concurrents et leurs clients, qui ne protègent pas leurs données sensibles, leurs recherches ou leurs cadres en voyages, mais aussi des actionnaires qui laissent faire des dirigeants même lorsqu’ils ont connaissance de délits pouvant déstabiliser leur entreprise.

Bien entendu que les concurrents ne respectent pas eux aussi les règles, que les autres états se renseignent, et que des lois existent, mais c’est la capacité de chacun d’être au courant de ces agissements ou contraintes. Jouer la surprise pour éviter de prendre ses responsabilités n’est pas admissible.

Republication de passages de l’article de @terryzim « A destination des communautés du renseignement et d’intelligence économique: De l’urgence d’intégrer des autistes à haut niveau de fonctionnement et Asperger »

Cet article intéressant pose des bases sur l’emploi de personnes capables de « s’isoler de l’environnement pour se livrer intégralement à une unique activité » liée au renseignement dans une unité spécialisée « au sein du programme Voir Loin, Prévoir ».

Le renseignement rencontre des obstacles souvent liés à son analyse, les « biais cognitifs », et son exploitation par des décideurs, la « politisation du renseignement »: en clair un même renseignement peut être interprété de différentes manières et être utilisé à des fins autre que sa signification intrinsèque. Si le phénomène des biais commence à être relativement connu et discuté pour éviter les erreurs d’interprétations, voir par exemple le programme RECOBIA de l’Union Européenne, celui de la politisation du renseignement l’est moins tant il touche aux intentions des décideurs: on peut citer à ce sujet le chapitre 4.3 « L’analyse et le policy making: usages et mésusages du renseignement » du livre d’Olivier Chopin et Benjamin Oudet (@BenOudet) « Renseignement et sécurité, 2ème édition » chez Armand Colin.

Pour en revenir à l’article à l’origine de ce post, outre l’information que des personnes, on peut noter qu' »il existe une citation d’un entrepreneur qui dit qu’un entrepreneur est une personne attentive aux opportunités que les autres ignorent. Sur cette base, une personne atteinte de TSA pourrait être quelqu’un qui est « attentif aux détails que les autres ignorent. » » Et en effet cette capacité de concentration, d’identification de détails, d’abstraction à l’environnement de travail, l’absence de ces filtres qui nous empêchent souvent de travailler, pourrait être un atout s’il ne posait au moins deux défis: d’une part le renseignement a besoin d’un nombre constant et connu de personnels, dont des nouvelles recrues – difficile donc de prévoir que des personnes atteintes des syndromes cités seront disponibles.

D’autre part le renseignement est aussi une affaire de formation, l’acquisition de connaissances génériques sur l’organisation du travail, les « gestes métiers » car il faut des procédures, et les connaissances liées aux domaines sur lesquels on se renseigne (armements, pays, groupes armés terroristes). Et si tant est que toutes ces capacités et connaissances se retrouvent en nombre suffisant, il reste un dernier obstacle lié au manque de ces mêmes capacités et connaissances chez les décideurs dont les parcours de formation et professionnel, sans parler du profil psychologique, n’est quasiment jamais le même que ceux qui font le renseignement. Cette divergence tient sans doute au fait que les uns sont intéressés par la compréhension alors que les autres le sont par la décision.

A ma connaissance, deux auteurs de science fiction ont traité de ce sujet, l’utilisation de personnes aux capacités psychiques spécifiques dans des emplois de planification et d’anticipation: tout d’abord Ender Wiggin dans la Stratégie Ender d’Orson Scott Card puis Greg Mandel dans (La brigade) Mindstar de Peter F. Hamilton, personnages spécifiquement formés mais également dotés d’un don naturel, exploité à des fins opérationnelles. On pourrait également citer le mentat Thufir Awat dans Dune de Frank Herbert. Si des lecteurs connaissent d’autres exemples de personnages aux capacités mentales particulières, je suis preneur.

Si l’emploi de telles personnes pourrait être utile, il faudrait également étudier les mécanismes de la décision et pourquoi des personnes, en position d’être bien in-formées, prennent ce qui semble être de mauvaise décision … mais c’est un autre débat et peut être article.

#Livre: Renseignement et sécurité – Olivier Chopin, Benjamin Oudet

« Qu’est-ce que le renseignement ? En quoi diffère-t-il de l’espionnage ? Qui prend les décisions dans les services secrets ? Comment sont menées les opérations spéciales ? L’étude du renseignement permet d’aborder ces questions et de s’interroger sur les modalités de son contrôle et de son influence sur la politique étrangère des États.
Cette nouvelle édition est enrichie d’un chapitre dédié aux transformations de l’information et au cyber, et d’études de cas portant sur des thématiques actuelles : renseignement des entités non étatiques, services secrets américains sous la
présidence Trump, droit du renseignement en France, etc.
Une introduction sans équivalent à un sujet désormais central des études de sécurité. »

9782200625832

Source : Renseignement et sécurité – | Armand Colin

#LIVRE #IE via le @Portail_IE: « L’intelligence économique du futur 1 et 2 », de Henri Dou, Alain Juillet et Philippe Clerc

J’ai récemment eu le plaisir de revoir mon professeur et inspirateur Henri Dou, avec quelques autres camarades: il est le père nôtre métier depuis les années 80 et c’est grâce à lui que je fais de l’intelligence économique et je n’ai jamais oublié ses leçons sur la veille technologique bien entendu mais aussi l’analyse des données (publications, réseaux relationnels, …).

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Trois grands noms de l’intelligence économique, auteurs de plusieurs ouvrages, Henri DOU, Alain JUILLET et Philippe CLERC ont travaillés ensemble pour publier ce lundi 15 octobre 2018 un ouvrage présenté sous deux volumes qui sont, « L’intelligence Economique du futur 1 ; une approche stratégique et opérationnelle » et « L’intelligence Economique du futur 2 ; une nouvelle approche de la fonction information ». L’ouvrage est publié aux Editions ISTE, ainsi que disponible en format numérique.

Henri DOU, est un des pionniers de la veille technologique en France. Il est à l’origine de la création du CRRM (Centre de Recherches Rétrospectives de Marseille). Il a par ailleurs internationalisé ses compétences en œuvrant à l’étranger dans des commissions étatiques et des universités traitant de l’intelligence compétitive dans une optique de coopérations internationales.

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https://portail-ie.fr/short/1953/lintelligence-economique-du-futur-1-et-2-de-henri-dou-alain-juillet-et-philippe-clerc

Experimentally Evaluating #Bias-Reducing Visual Analytics Techniques in #Intelligence #Analysis

« Intelligence analysis is a complex process that not only requires substantial training and deep expertise, but is heavily impacted by human cognitive factors. Studies have shown that even experienced, highly-trained personnel sometimes commit serious errors in judgment as a result of heuristic thinking and the impact of judgment bias in matters of national security can be catastrophic. Developing effective debiasing techniques requires addressing a number of daunting challenges. While intuitively appealing, the ability to construct suitable methods to test behaviour under actual work conditions is limited and the generalisability of findings from laboratory settings to work settings is a serious concern. To date, researchers have performed only limited investigations of a small number of debiasing techniques in the workplace. There is still a strong need for experimentally validated debiasing techniques that can be incorporated into analytic tradecraft so that foreseeable thinking errors can be avoided. Drawing from the useful features of prior studies, a reference framework has been developed for the experimental evaluation of bias mitigations applied to problems of an intelligence nature. »

Source : Experimentally Evaluating Bias-Reducing Visual Analytics Techniques in Intelligence Analysis | SpringerLink

L' »Affaire Areva »: nouvelle bataille économique ou échec du contrôle de l’Etat?

On apprend par un article de Capital, « Affaire Areva: la monstrueuse amende qui menace la France« , que « la justice a discrètement prévenu début juillet les autorités françaises qu’elle pourrait lancer un procès pour corruption contre l’ex-fleuron tricolore de l’atome. »

Je vois d’ici les titres du genre « Nouvel épisode de la Guerre Économique des États-Unis contre la France » où l’on sous entendrait que les Américains sont prêts à tout pour racheter nos fleurons technologiques. Imaginez, après les turbines d’Alstom les réacteurs d’Areva!

Sauf que l’on se retrouve avec exactement le même schéma que pour Alstom: pour obtenir un contrat, une entreprise française a corrompu des décideurs politiques … Ah mais c’est illégal alors? Oui! Et cette fois les faits n’ont pas eu lieu en Indonésie mais aux États-Unis!

On aura beau dire que les États-Unis font pareil, les faits sont condamnables à deux titres: les faits en eux mêmes (sur-payer un achat d’entreprise/marchandise pour dégager une marge reversée à un décideur) et l’absence de contrôle des agissements du dirigeant impliqué.

Et cette fois on parle d’Areva, entreprise à 83% publique au moment des faits, dirigée par Mme Lauvergeon, déjà/depuis impliquée dans d’autres affaires financières en lien avec son époux (Après Uramin, nouveaux soupçons sur Olivier Fric).

Areva aurait racheté en 2010 une startup américaine, Ausra, spécialisée dans l’énergie solaire avec parmi ses actionnaires Al Gore l’ancien vice-président de Bill Clinton Al Gore. Ce rachat aurait été motivé par un projet de retraitement des déchets financé par l’État Fédéral (administration Obama).

Bien entendu, il faudra attendre la confirmation d’une condamnation après une éventuelle enquête pour pouvoir affirmer que les faits présentés par l’article de Capital, s’appuyant sur le travail d’un enquêteur privé (pour qui travaille-t-il?), sont bien de la corruption.

Mais si le faits étaient avérés, cela voudrait dire que les différents organes de contrôles de l’État ont laissé agir Mme Lauvergeon, ont laissé une entreprise publique corrompre une administration fédérale. C’est un échec légal, moral et stratégique.

Il est évident que les Etats-Unis utilisent leurs lois, qu’ils ont parfaitement le droit de voter et d’appliquer en tant qu’état souverain, à des fins économiques et stratégiques. Le vrai problème étant que ni la France ni l’Europe n’utilisent les mêmes moyens.

L’Europe qui n’est pas sortie de l’accord nucléaire avec l’Iran n’a presque aucun moyen de continuer de commercer avec avec l’Iran sans encourir pour ses entreprises ou ses états membres des sanctions qui pour être unilatérales n’en sont pas moins légales.

La loi, dite Sapin II, n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique n’est entrée en vigueur qu’en 2017. Mais le délai de prescriptions des faits de corruption ne court qu’à partir de la découverte de ceux-ci.

Même en tenant compte de cela, la corruption d’agents publics étrangers était bien illégale en 2010. Les agissements d’au moins 1 personne, la PDG en l’occurrence, pourraient avoir des effets économiques et financiers considérables sur le secteur nucléaire français.

Le schéma est le même dans les cas Areva, Alstom et Airbus: le dirigeant ultime est personnellement impliqué mais peut dans certains cas échapper à toute sanction, soit parce qu’il passe un accord avec la justice américaine soit parce la justice française ne semble pas empressée de le poursuivre!

Dans les déclarations publiques à ce sujet, on accuse toujours les États-Unis de duplicité et d’appliquer leurs lois de façon extraterritoriale: pratiquement pour trouver une banque qui n’est pas exposée au dollar ou une entreprise international absente du marché américain c’est compliqué.

Au delà de la question du droit se pose la question du renseignement en la matière: s’il est de notoriété publique que la Chine, la Russie, le Brésil, etc. ou même des états européens sont corrompus et corrupteurs, on peut douter que les administrations spécialisées n’aient pas des preuves à leur encontre et celle de leurs sociétés.

Pourquoi ne pas les poursuivre dans ce cas? Parce que, comme pour les États-Unis, on passe de la dimension strictement légale à la dimension géopolitique et diplomatique. La loi Sapin II prévoit la possibilité de contrôler des sociétés étrangères en France. Quand l’Agence Française Anticorruption le fera?

Quels qu’en soient les objectifs, corrompre est illégal, même pour contrer « un concurrent qui fait pareil ». Cela fait prendre un risque pour la réputation et la survie des entreprises et donc de leurs employés, mais aussi aux investisseurs qui doivent prendre leurs responsabilités.

Ceci dit, plutôt que toujours faire porter le chapeau aux entreprises, il faudrait rappeler que ce sont le plus souvent les politiques et les fonctionnaires d’un pays qui sollicitent une entreprise pour l' »aider » à remporter un contrat.

Donc aux états de prendre leurs responsabilités, à commencer en Europe, pour éviter ce fléau à grande échelle qui a en plus des répercussions sociales des liens directs avec la criminalité organisée et le financement du terrorisme.

En attendant ne tentons pas de camoufler nos propres fautes, répétées et connues, en accusant les autres de défendre leurs intérêts et d’appliquer leurs lois.

 

#FakeNews #PerceptionManagement: « La véritable histoire de la fable du P-DG le plus charismatique d’Europe »

https://www.hbrfrance.fr/chroniques-experts/2018/09/22530-la-veritable-histoire-de-la-fable-du-p-dg-le-plus-charismatique-deurope/

« Le plus incroyable, dans cette histoire, ce ne sont ni les succès de Berden et de Dumonpierre ni la façon dont leur réputation est finalement sortie indemne de ces scandales, mais le fait que ni l’entreprise ni son P-DG n’existent. De A à Z, toute cette histoire a été inventée – par des étudiants – et entretenue pendant dix ans. Cet article raconte comment, dans notre classe, à HEC Paris, nous avons créé de toutes pièces des « fake news » bien avant que quiconque ne comprenne ce phénomène, et ce que nous avons appris sur les techniques permettant aux fausses informations de se propager et de perdurer. »