Les sanctions américaines comme outil de politique étrangère – le cas de l’Inde

« US sanctions rain on India-Russia defence parade » – The Economic Times

L’Europe

Les sanctions américains, que ce soient celles appliquées par le biais du Foreign Corrupt Practices Act (FCPA), visant les faits de corruption, ou celles mises en oeuvres par l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) ne visent pas que l’Europe et ne représentent qu’une partie de l’éventail juridique américain.

Comme le souligne très justement un récent rapport de l’@IFRI_, « Comply or Die: les entreprises face à l’exigence de conformité venue des Etats-Unis« , le FCPA vise avant tout des entreprises américaines: « Sur un total de 488 actions lancées depuis la mise en oeuvre du FCPA, 340 mettent en cause des entreprises ou individus américains. Les 148 autres visent des des étrangers, parmi lesquels seulement 13 sont français ».

Si l’on se réfère à la base de données publiée par la Stanford Law School, Foreign Corrupt Practices Act Clearinghouse, sur 247 cas recensés à fin 2017 (4 nouveaux cas depuis début 2018), 176 concernent des entreprises ou personnes en Amérique du Nord, 45 en Europe, 15 en Asie, 5 en Amérique du Sud, 3 au Moyen Orient et 2 en Afrique. Sur les 45 en Europe, seules 3 concernent la France: Alstom, Total, Alcatel.

Effectivement Alstom et Total apparaissent dans le Top 10 du montant des sanctions, sachant que celui-ci augmente régulièrement depuis ces dernières années. Toutefois il faut rappeler que le montant de l’amende est en rapport direct avec le montant estimé du chiffre d’affaires découlant de la corruption. Il est bon de le rappeler à l’heure de la Loi Sapin II et des audits de l’Agence Française Anti-Corruption.

Dit de façon triviale on paye beaucoup quand on a beaucoup corrompu.

Et l’Inde?

Les relations entre l’Inde et l’URSS puis la Russie sont anciennes. Fin 2015, la visite de Vladimir Poutine avait notamment permis d’appréhender l’ampleur de la relation particulière qui unit l’Inde et la Russie depuis 1955 et l’ère soviétique. Le Président Russe et le Premier Ministre Indien auraient ainsi conclu pas moins de 20 accords pour un montant total de 100 milliards de dollars, à l’occasion du 15ème sommet bilatéral annuel entre les deux pays.

C’est ce lien, l’Inde ayant toujours cherché à concilier ses multiples relations bilatérales avec des pays souvent opposés/adversaires, que les Etats-Unis viennent de cible en inscrivant la société d’exportation d’armement russe Rosoboronexport sur la liste de l’OFAC. La quasi totalité des exportations d’armes vers l’Inde passant par Rosoboronexport, la State Bank of India a bloqué tous les paiements à la Russie depuis le 7 Avril.

Cela représente un montant de 2 milliards de dollars gelés sur des programmes allant du sous-marin aux missiles et navires de surface. La Russie, malgré les efforts de la France et des Etats-Unis pour prendre sa place, reste le premier fournisseur d’armes de l’Inde avec 63% des importations d’après le SIPRI. L’impact de cette décision est d’autant plus grand que les deux pays négociaient la vente du système anti-aérien S-400.

Dans l’immédiat c’est les réparations du sous marin nucléaire INS Chakra, l’ex Akula K-152 Nerpa, qui sont à l’arrêt. Pour le S-400 le gouvernement indien a demandé une exemption au Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act (CAATSA). Ce contrat d’un montant estimé à 5.5 milliards de dollars est important pour l’Inde afin de renforcer sa défense anti-aérienne face à la Chine, et le Pakistan.

Dans le même temps les Etats-Unis proposent régulièrement à l’Inde de devenir partenaires stratégiques, que ce soit pour la fourniture d’armements et de réacteurs nucléaires (comme la Russie). Il s’agit aussi d’adresser la problématique de l’Océan Indien où l’Inde et les Etats-Unis, et la France, sont confrontés à l’expansion chinoise.

Un comité du Congrès Américain, le House Armed Services Committee, a même proposé de renommer le Pacific Command de l’US Navy en Indo-Pacific Command dans le cadre du vote du budget de la défense, National Defence Authorisation Act. L’Inde va devoir choisir alors qu’elle a toujours préféré des relations franches avec des pays comme l’Iran ou même la Chine, son premier partenaire commercial.

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S’il est possible de protéger ses entreprises d’actions judiciaires, présentées par certains comme ciblées et prédatrices, par la mise en place de conformité, il s’agit en effet de lutter contre des crimes et délits, il en va différemment en cas de choix entre partenaires stratégiques. Si la Russie et l’Inde ont des relations anciennes, l’Inde a une balance commerciale négative (correspondant au montant des contrats cités) avec la Russie.

Il en va de même avec la Chine, qui n’importe que pour 8.9 milliards de dollars depuis l’Inde quand elle y exporte 60.5 milliards. Au contraire l’Inde exporte pour 42 milliards de dollars vers les Etats-Unis, en importe pour 20 milliards, ce qui fait une balance commerciale très positive. La France pourrait aussi s’appuyer sur sa balance commerciale avec l’Inde (1.7 milliard) pour développer ses relations stratégiques, dans l’Océan commun.

En conclusion, s’il est clair que les Etats-Unis utilisent leurs lois comme outils concurrentiels et stratégiques, il ne s’agit pas tant de les critiquer pour cela mais plutôt de se demander pourquoi nous ne faisons pas pareil en France. A ce titre il apparaît que la loi Sapin II n’a pas de portée « extra-territoriale » alors même que des cas de corruption active par les pays cités ici sont connus et documentés.

12/2017 Centralizing #India’s #Intelligence: The National Intelligence Grid’s Purpose, Status, and Problems

(2018). Centralizing India’s Intelligence: The National Intelligence Grid’s Purpose, Status, and Problems. International Journal of Intelligence and CounterIntelligence: Vol. 31, No. 1, pp. 159-168.

Source : Centralizing India’s Intelligence: The National Intelligence Grid’s Purpose, Status, and Problems

« The struggle to ensure information flows to the people who need it while keeping that same information compartmentalized to protect it poses unique problems in the digital age. This effort is further complicated in India where budget constraints, a commitment to democracy, and being a constant target for terrorism tend to severely stretch the security services. In particular, funding for even the country’s Special Forces is problematic and has led to poorly prepared counterterrorism personnel due to limited budgets that prevent the purchase of ammunition for training.1 The Indian government’s inquiry into the 2008 terrorist attack and counterterrorist operation revealed that the Quick Response Teams had not engaged in firing practice for more than a year before the attack due to a lack of ammunition. While the report has not been officially released, the Times of India Website posted a copy on its website. Report of the High Level Enquiry Committee (HLEC) on 26/11, in December 2009, http://www.timesofindia.indiatimes.com/photo/5289981.cms [Google Scholar] To facilitate the flow of information and counter threats in the aftermath of the 2008 terror attacks in Mumbai, in which more than 160 people died, the Indian government publicly announced the development of the National Intelligence Grid (NATGRID) on the belief that information sharing across the intelligence and law enforcement communities would have helped prevent that tragedy. »

Guerre économique et espionnage d’état : histoire, rôles et limites


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Juste une conversation, ou de l’espionnage industriel ?
Zinetv.Visual Hunt, CC BY-NC-ND

Pierre Memheld, Université de Strasbourg

Pour le Maréchal Joffre en 1915 (dans ses mémoires), la guerre économique a pour but de couper les communications de l’ennemi avec les autres pays, de l’empêcher autant que possible de se procurer à l’extérieur les ressources de toute nature qui lui sont nécessaires pour continuer la lutte.

L’articulation guerre économique-renseignement économique

La guerre économique accompagne et supporte la guerre militaire d’autant que pour Joffre il s’agit d’une priorité stratégique qu’il supervise directement. Il ne s’agit pas seulement d’organiser des blocus mais d’une stratégie visant à affaiblir l’ennemi en s’en prenant à tous les secteurs pouvant supporter l’effort de guerre, par le renseignement économique militaire.

Aujourd’hui le renseignement économique, à des fins militaires ou politiques, est toujours une prérogative de l’État même si les buts immédiats ne sont pas la destruction d’outils de production industrielle ou agricole. Les pouvoirs politiques comme les Nations Unies, l’Union européen ou des états, peuvent décider de mettre en place des sanctions, par définition individuelles contre des personnes morales ou physiques, ou un embargo qui lui vise l’intégralité des échanges avec un pays.

Lors d’opération militaires, comme les interventions en Syrie ou en Libye, la destruction d’infrastructures, d’entrepôts ou d’usines, reste un mode d’action employé, par toutes les parties en présence : ainsi les « groupes armés terroristes » l’emploient par sabotages ou attentats contre des cibles adverses.

Peut-on pour autant parler de guerre économique selon la définition de 1915. Non car l’échelle de l’action, des opérations ou des destructions n’a aucune commune mesure. Outre les dégâts matériels, la guerre économique de la 1re Guerre mondiale provoquait également des pertes humaines y compris civiles. Il en fut de même lors de la 2e Guerre mondiale.

La guerre économique contemporaine

Qu’appelle-t-on aujourd’hui guerre économique ? Peut-on qualifier la concurrence entre états ou entreprises, pour prendre des parts de marchés de guerre ? La « guerre économique est souvent entendue au sens de guerre commerciale c’est-à-dire d’affrontements qui opposent au moins deux pays ». Le concept est réapparu au début des années 90 chez des analystes, s’appuyant sur lui pour expliquer les enjeux des échanges économiques, comme Bernard Esambert ou Christian Harbulot.

Mais il s’agit d’une description de jeux d’acteurs économiques, de leurs oppositions concurrentielles, souvent par des moyens illégaux, comme l’espionnage économique, la prise de contrôle hostile voire le lobbying afin de changer les règles. Le concept fait l’objet d’autant de définitions que d’auteurs et reste ainsi flou :

« les auteurs qui l’utilisent l’emploient en effet pour désigner des situations et/ou la mise en œuvre (…) de stratégies qui peuvent présenter des contenus différents ».

Au-delà de ce problème de définition, il faut constater que ces « conflits économiques » n’engendrent pas de pertes humaines, du moins directement car il faut considérer l’impact social du rachat ou de la disparition d’entreprises et d’emplois, au bénéfice d’un pays ou d’une entreprise concurrente. Au demeurant, on peut identifier dans la plupart des conflits modernes des enjeux économiques.

Réalités historiques

Au-delà de cas contemporains, avec par exemple la recherche de ressources en pétrole comme objectif de guerre pendant la 2e Guerre mondiale ou l’exploitation du pétrole comme conséquence du contrôle de l’Irak par les troupes américaines, il existe des exemples historiques de guerres économiques.

Depuis la dissolution violente de l’Ordre des Templiers, devenu riche et influent de par son rôle militaire et religieux, les guerres entre les cités-états italiennes comme Venise, Florence ou Raguse avec le contrôle des voies maritimes en Méditerranée jusqu’aux troupes sous les ordres de la Compagnie britannique des Indes orientales (BEIC), participant aux opérations de la couronne britannique en Inde. On peut ainsi documenter le concept, tant les oppositions entre royaumes, familles et religions ont engendré des luttes politico-économiques.

Souvent initiées par les états, ces luttes ont clairement pour objectif le contrôle de l’accès à des ressources. Le champ lexical associé à la guerre illustre bien cette histoire : expéditions, invasion, razzia. On peut également parler de guerre des épices, de l’opium, du thé ou de l’alun. Dans ce cas les acteurs utilisent des moyens militaires pour atteindre des objectifs économiques et territoriaux.

La conquête des Amériques, de l’Afrique ou de l’Asie ont donné lieu à des conflits contre les occupants originaux de ces continents puis des conflits entre les conquérants, comme l’opposition entre Espagne, Portugal, Royaume-Uni, Allemagne et France. Plus proches de nous, on peut identifier des enjeux économiques dans les guerres de décolonisation comme le pétrole en Algérie. Peut-on au demeurant dire que ces guerres furent initiées pour cette ressource ?

Depuis la concurrence entre seigneurs au Moyen Âge, jusqu’aux réseaux de la Hanse ou de la Compagnie française des Indes orientales, la collecte d’information sur les bateaux, leurs cargaisons, les ports ou les liens entre marchands, le renseignement à des fins économiques existe. Il s’agit bien souvent de vols de documents même si l’existence d’organisations réseaux de renseignements permanents est documentée, comme pour la BEIC.

Lorsque celle-ci a commencé à agir comme un état, « avec des méthodes militaires administratives et financières utilisées par les empires », que la couronne britannique a mis fin à son existence et a récupéré ses possessions en Inde : un état et à plus forte raison un royaume, ne peut partager ses prérogatives exclusives avec une entreprise. On en vient là à la première différence fondamentale entre guerre et économie.

Même si les buts et les moyens peuvent se confondre, avec des entités économiques mettant à disposition d’un état leurs ressources existantes ou potentielles en échange d’une forme d’autorité légale, les lettres de course, et de moyens militaires, la raison d’être et les objectifs à long terme diffèrent entre une société et un pays.

De même si le renseignement, ou plutôt l’espionnage, économique a toujours existé, il est devenu une exclusivité des états car ils bénéficient d’une exception régalienne : chaque pays a des services de renseignements que les gouvernements couvrent de leur autorité. Toute activité de renseignement menée par une autre entité qu’un état est donc devenue illégale, même si les cas avérés d’espionnage par des entreprises pour des entreprises font la une des médias.

Nous ne sommes pas en guerre, mais nous perdons des batailles

Le monde économique d’aujourd’hui n’est pas seulement interconnecté d’un point de vue technique mais réellement interdépendant. Si la Chine est devenue l’usine du Monde, c’est effectivement de par son avantage prix mais aussi et surtout par ses clients. Sans clients et sans relations économiques, la Chine n’aurait pas la même influence politique et n’aurait peut-être pas développé le même appareil militaire.

Seulement, nous avons besoin de la Chine pour fabriquer ce dont nous avons besoin, pour nos sociétés dites de consommation, à un prix toujours plus compétitif, d’où la notion d’interdépendance. Mais certaines « défaites » économiques comme la vente d’un groupe à des investisseurs étrangers sont aussi souvent des erreurs de management, ou une mauvaise interprétation des marchés et de la concurrence, pas des actions « ennemies ».

The ConversationPar conséquent, nous ne sommes pas en guerre mais nous perdons des batailles. Nous devons réorienter l’éducation des dirigeants financiers, technologiques ou politiques au management de l’information et de la sécurité, la collecte et l’analyse du renseignement afin de tenir compte aussi de la « coopétition ».

Pierre Memheld, Responsable du Master Intelligence Economique et Gestion du Développement International, Université de Strasbourg

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Identifying Bribery Risk in Emerging Markets ‹ Corporate Compliance Insights

Companies are increasingly turning to emerging markets for new growth opportunities as developed markets become saturated. When we hear the term emerging markets, we typically think of the BRIC countries – Brazil, Russia, India and China – but other countries, such as South Korea, Mexico, Indonesia, Turkey, Saudi Arabia and Iran may also qualify. The economies in these countries are growing, but are not yet as large, liquid or accessible as those in more mature markets.

Source : Identifying Bribery Risk in Emerging Markets ‹ Corporate Compliance Insights

India needs 200-250 more Rafale fighters, 36 not enough: IAF chief Arup Raha | The Indian Express

The Air Chief Marshal also rued that the tender for the much-needed “force multiplier” mid air refuellers had to be withdrawn.

Source : India needs 200-250 more Rafale fighters, 36 not enough: IAF chief Arup Raha | The Indian Express

Changement du commandement indien: contre-terrorisme et renseignement

Samedi 17 Décembre, le gouvernement Indien a annoncé le nom des nouveaux grands commandants suivant: Armée de Terre, Armée de l’Air, « Intelligence Bureau » (IB: service de renseignement intérieur) et « Research & Analysis Wing » (RAX: service de renseignement extérieur). Le gouvernement a désigné le nouveau Chef d’Etat Major de l’Armée de Terre (Chief of Army Staff, COAS), en la personne du Lt General Bipin Rawat, issu de l’infanterie. Cette nomination a créé une polémique car le général Rawat, bien qu’issu du corps des Gorkha comme le général Dalbir Singh qu’il remplace, n’est pas l’officier général le plus gradé, comme le veut la « tradition ».

Le Lt General Bipin Rawat avec le chapeau spécifiquement des Gorkha.

Le Lt General Bipin Rawat avec le chapeau spécifiquement des Gorkha.

Les deux officiers généraux les plus gradés qui pouvaient prétendre au poste de COAS sont le général Baksi, issu de l’Arme Blindée Cavalerie, et le général Hariz, issu de l’Infanterie Mécanisée. La polémique semble plus avoir une origine de « guerre de chapelle » que de compétence, puisque ce n’est pas la première fois que l’officier général le plus gradé ne succède pas au COAS sortant. Le gouvernement a du précisé qu’il s’agissait d’une nomination au mérite, compte tenu de l’expérience du général Rawat, plutôt que pour toute autre raison « politique ». La sélection se fait parmi les officiers généraux ayant en charge un commandement.

"The Nusseree Battalion later known as the 1st Gurkha Rifles circa 1857"

« The Nusseree Battalion later known as the 1st Gurkha Rifles circa 1857 »

Le Lt General Bipin Rawat avait jusqu’à sa nomination la charge du commandement « Southern Army« . Outre sa carrière dans l’infanterie, des postes en états major ou à l’académie militaire de Dehradun, il a commandé une brigade multi-nationale de la MONUSCO en République Démocratique du Congo. Il a également été formé aux Etats Unis (Higher Command Course de Fort Leavenworth) et est titulaire d’un Doctorat de Philisophie de l’université de Meerut (principale base et école de l’infanterie), dans le domaine des relations entre médias et monde militaire. En 1987, il commandait un bataillon qui a combattu l’armée Chinoise.

Soldats Indiens capturés par l'Armée Chinoise durant la guerre de 1962

Soldats Indiens capturés par l’Armée Chinoise durant la guerre de 1962

Enfin en Juin 2015, après la mort dans une embuscade de 18 soldats indiens par des insurgés Naga dans l’état du Manipur bordant le Myanmar, il dirigea une opération de représailles contre ces militants au delà de la frontière, menée par le « 21st Para » (forces spéciales) du IIIème Corps d’Armée qu’il commandait alors. Cet épisode a peut être joué dans sa nomination tant le gouvernement a souligné que dans la situation actuelle, le contre-terrorisme et la contre-insurrection étaient des sujets prioritaires. Le Général Rawat a également eu un commandement, à la tête de la 19ème Division, dans la région frontalière Inde-Pakistan-Chine du Jammu et Cachemire (J&K).

Carte de la région du Jammu et Cachemire - la frontière du Nord Ouest

Carte de la région du Jammu et Cachemire – la frontière du Nord Ouest

Le renseignement dans cette situation est essentiel. Les nouveaux chefs des deux principaux services sont Rajiv Jain pour l’IB et Anil Dhasmana pour le RAW, pour une une durée de deux ans. Jain, qui était déjà « special director » est un policier entré à l’IB en 1989, spécialiste des mouvements islamistes. Dhasmana est également un policier qui a passé 23 ans au sein du service extérieur où il s’occupait en particulier du « desk » Pakistan. Les deux étaient déjà prévus pour prendre la place des directeurs sortants, au titre de leur ancienneté dans les services, avec une expérience sur le Pakistan (dont le Balochistan) mais aussi sur la région du J&K et l’Afghanistan.

Anil Kumar Dhasmana (L), a 1981-batch IPS officer, will head the R&AW. Rajiv Jain (R), a 1980-batch Jharkhand cadre IPS officer, is the new IB chief.

Anil Kumar Dhasmana (L), a 1981-batch IPS officer, will head the R&AW. Rajiv Jain (R), a 1980-batch Jharkhand cadre IPS officer, is the new IB chief.

L’IB a été créé en 1947 lors de l’indépendance de l’Inde, à partir du « Central Intelligence Bureau » existant sous l’ère britannique, au sein du ministère de l’intérieur. En 1885, un premier département du renseignement intérieur, en charge de la surveillance de la frontière du Nord Ouest, avait été créé au sein de l’armée des Indes. Puis en 1909, un « Indian Political Intelligence Office » fut créé pour surveiller les mouvements « révolutionnaires » indiens, renommé « Indian Political Intelligence » en 1921.  Fort de 25000 personnes, il est en charge de la sécurité intérieure, de la surveillance des mouvements extrémistes et terroristes, ainsi que du contre espionnage.

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Le RAW a été créé en 1968 à partir de l’IB suite à l’échec de celui ci pour prévenir l’attaque de la Chine en 1962, et la guerre contre le Pakistan en 1965. Il devint alors logique de créé un organisme indépendant dédié au renseignement extérieur (Chine, Pakistan, Bangladesh, Afghanistan, Sri Lanka), au contre terrorisme, et opérations visant à défendre les intérêts stratégiques de l’Inde, dont le renseignement économique. Le RAW participe également à la sécurité du programme nucléaire. Il dépend directement du Premier Ministre. Il dispose enfin d’une branche d’action clandestine, dont le Pakistan dénonce régulièrement les opérations sur son territoire.

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Les autres services de renseignement indiens sont: la « Defence Intelligence Agency » (service militaire avec plusieurs branches); le « Signals Intelligence Directorate » (service militaire dédié aux interceptions); plusieurs services dédiés aux affaires financières et fiscales; et enfin une « National Technical Research Organisation » dépendant du « National Security Advisor » sous les ordres du Premier Ministre, également en charge des interceptions. Le « Cabinet Secretariat » du Premier Ministre dispose enfin d’un « Joint Intelligence Committee » (JIC) pour coordonner les actions et exploiter les renseignements issus des différents services.

Principaux organismes de renseignement indiens

Principaux organismes de renseignement indiens

Avec la création du « National Security Council » (NSC) en 1999, le rôle du JIC fut réduit et certaines de ses tâches fusionnées avec le NSC. A noter que le RAW, qui n’est pas à proprement parler une agence mais une « aile » (wing) du « Cabinet Secretariat« , n’a pas à répondre aux demandes du parlement. Si ces services sont parfois critiqués pour leur efficacité (comme lors des attentats de Bombay en 2008), ou connaissent des crises internes voire des défections, ils ont un rôle central dans la lutte contre les mouvements terroristes « internes » (Naga et Naxals) ou « externes » (Al Qaeda et Etat Islamique) sur le territoire indien ou à l’étranger.

Inde – Indonésie: des voisins stratégiques

Le Président Indonésien Joko Widodo vient d’effectuer une visite d’état en Inde. Lors de ses discussions avec le Premier Ministre Narendra Modi, plusieurs sujets de coopération économique ont été abordés: commerce bilatéral, investissements dans les énergies (pétrole, gaz, renouvelables), l’industrie pharmaceutique et les technologies de l’information. Les deux pays sont parmi les économies ayant les croissances les plus rapides. Les liens entre les deux pays sont également culturels, humains (avec une importante diaspora indienne en Indonésie) mais aussi religieux.

Président Widodo - Premier Ministre Modi

Président Widodo – Premier Ministre Modi

En effet, l’Indonésie et l’Inde ont les deux plus importantes populations musulmanes au monde: 205 millions pour l’une et 176 millions pour l’autre, autant que la population du Pakistan qui n’arrive qu’en 3ème position. Les projections démographiques du Pew Research Center prévoient toutefois que l’Inde deviendra le 1er pays d’ici à 2050, suivi par le Pakistan puis l’Indonésie. Pour autant la situation est différente: les musulmans représentent 87% de la population indonésienne mais « seulement » 15% en Inde. La question de la radicalisation, et du terrorisme, d’une partie de ces population était au centre des discussions entre les dirigeants.

Pourcentages de population musulmane en Asie du Sud-Est

Pourcentages de population musulmane en Asie du Sud-Est

Le message à l’issu était clair: aucune tolérance pour les actes de terreur. L’Indonésie s’enorgueillit de pouvoir contenir le phénomène tout en ayant un processus démocratique et un gouvernement représentatifs des composantes de sa population. L’Inde est elle dans une situation complexe: ses deux voisins immédiats, Pakistan et Bangladesh, couvrent voire supportent des mouvements terroristes qui commettent des attentats en Inde comme celui de Bombay en 2011. Depuis la partition, l’importante population musulmane indienne connait des discriminations dans la pratique de sa religion ou au niveau social, dans l’accès à certains emplois.

Répartition de la population musulmane dans le sous continent Indien

Répartition de la population musulmane dans le sous continent Indien

Mais ce message était aussi adressé à la Chine à double titre: celle ci refuserait d’implémenter la Résolution 1267 du Conseil de Sécurité des Nations Unis permettant de désigner les personnes et mouvements terroristes (par exemple en inscrivant Masood Azhar, chef du mouvement Jaish-e-Mohammad sur une liste); par ailleurs l’activisme de la Chine dans le Golfe du Bengale et dans le Détroit de Malacca, que l’Indonésie contrôle en partie) préoccupent les deux pays d’autant qu’elle développe des liens stratégiques, commerciaux et des infrastructures en Malaisie et au Bangladesh dans le cadre de sa stratégie dite du « collier de perles ».

Implantations chinoises dans l'Océan Indien

Implantations chinoises dans l’Océan Indien

L’Inde et l’Indonésie ont donc conclu un accord de coopération dans le domaine maritime, cette dernière étant également impliquée dans les tensions « Mer de Chine » (délimitation des ZEE et pêche illégale). La coopération bilatérale portera également sur le secteur de la défense avec la création d’un processus de dialogue des ministres respectifs et d’un « Joint Defence Coopération Committee« . L’Inde multiplie ce genre d’initiatives régionales avec les autres pays de l’Océan Indien, Seychelles, Maldives, Madagascar voire l’Iran, tout en maintenant un autre niveau de dialogue stratégique avec les Etats Unis, le Japon ou la Russie.

L'Inde développe également sa présence dans l'Océan Indien

L’Inde développe également sa présence dans l’Océan Indien

L’Inde n’est pour l’instant pas touchée par des actions terroristes autres que celles « initiées » par ses voisins mais surveille de près le développement de l’Etat Islamique, d’autant plus que la présence de fortes diasporas indiennes dans les pays du Golfe Persique, en Arabie Saoudite et au Moyen Orient l’obligent à entretenir des relations diplomatiques avec des pays touchés par le terrorisme sur leurs territoires. Il faut également rappeler l’action de l’Inde en Afghanistan, face à Al Qaeda mais aussi désormais face à l’EI, où elle coopère aussi bien avec les Etats Unis que le gouvernement local et la Russie.