La radicalisation violente commence-t-elle vraiment sur Internet ?

Si la recherche ne démontre pas de causalité directe entre usages numériques et radicalisation, il faut agir face à un cyberespace où se diffusent des discours de haine et des appels à la violence.

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India needs 200-250 more Rafale fighters, 36 not enough: IAF chief Arup Raha | The Indian Express

The Air Chief Marshal also rued that the tender for the much-needed “force multiplier” mid air refuellers had to be withdrawn.

Source : India needs 200-250 more Rafale fighters, 36 not enough: IAF chief Arup Raha | The Indian Express

Billet d’humeur – Visite d’Etat de François Hollande en Inde

 

35ème Régiment d'Infanterie - Republic Day 2016

35ème Régiment d’Infanterie – Republic Day 2016 – New Delhi

Le Président François Hollande s’est rendu en visite d’Etat à New Delhi du 24 au 26 Janvier 2016, à l’occasion de la fête nationale indienne dont il était l’invité d’honneur[i]. La visite comportait des enjeux importants pour Dassault, DCNS, Areva et les autres entreprises de la délégation[ii]. Il s’agissait également de renforcer les domaines de coopérations qui avaient été listés lors de la visite du Premier Ministre Indien en Avril 2015. Mais alors que l’on peut trouver du Twitter des messages, dont certains sont au mieux déplacés dans une délégation officielle[iii], publiés durant la parade officielle, il est nécessaire de rappeler que la France et l’Inde ont d’anciennes relations.

Les enjeux ne sont pas uniquement économiques, bien que l’Inde soit attractive avec un marché intérieur important mais des infrastructures et des industries nécessitant encore des technologies et investisseurs étrangers. Il s’agit aussi de développer des coopérations dans la recherche énergétique ou spatiale. La question du terrorisme relie également les deux pays, certains analystes indiens ayant fait le parallèle entre les attaques de Paris en Novembre et celles de Mumbai ou Pathankot en 2015[iv]. On se souviendra que Narendra Modi avait condamné les attentats de Paris[v], et que son pays est lui-même concerné par le terrorisme islamiste[vi].

En cette période de Centenaire de la 1ère Guerre Mondiale, il n’est pas inutile de rappeler que des soldats indiens se sont battus en France : Narendra Modi a inauguré un monument à leur mémoire lors de sa visite[vii]. De même durant la 2ème Guerre Mondiale, les troupes indiennes combattirent sur le sol français. Dès l’indépendance de l’Inde, la France établit des relations diplomatiques avec elle alors même qu’elle y avait encore des comptoirs dont le sort fut scellé en 1956. Néanmoins les ressortissants de Pondichéry sont encore très attachés à leur identité française avec un monument aux morts, rappelant cette autre histoire des troupes indiennes.

Les relations économiques, diplomatiques ou culturelles[viii] entre les deux pays ont donc toujours existé et ne peuvent pas se résumer aux aléas des contrats en cours de négociation, d’autant que Dassault ou Thalès sont présentes en Inde depuis plusieurs dizaines d’années. Les armées indiennes opèrent encore des Mirage et ont utilisé des tanks français dans leurs opérations militaires. Les exercices navals, aériens ou terrestres entre les deux pays sont réguliers, d’autant que la France fait partie des rares alliés de l’Inde à être présente territorialement et militairement dans l’Océan Indien, seule profondeur stratégique de l’Inde[ix].

A l’occasion de la parade militaire, l’Inde a fait un honneur particulier à la France puisque pour la première fois depuis son indépendance une unité militaire étrangère a défilé aux côtés des troupes indiennes. Clin d’œil historique significatif, il s’agit du 35ème Régiment d’Infanterie dont l’ancêtre, le 35ème Régiment d’Aquitaine, a combattu aux côtés de troupes du Royaume de Mysore contre les anglais de 1781 à 1784. Les unités de cavalerie de ce royaume furent amalgamées au fil de temps par l’Empire Britannique puis la République Indienne pour donner aujourd’hui le 61ème Régiment de Cavalerie, une des unités la plus prestigieuse de l’arme blindée cavalerie indienne[x], qui a défilé après le 35ème RI[xi].

Les relations Inde – France ne résument donc pas aux seuls enjeux économiques, même si certains commentateurs les abordent sous cet angle principalement pour que leurs aléas servent de critique politique aux gouvernements en indiens ou français. Les difficultés mises en avant ne sont pas non plus le fait unique d’une partie ou l’autre, comme on a pu le voir dans le feuilleton du contrat MMRCA[xii]. Mais ces relations étant stratégiques, car anciennes, pour les deux pays, il ne s’agirait pas que des erreurs d’appréciation ou d’ »intelligence culturelle » viennent les troubler par intérêt personnel ou méconnaissance des us, coutumes ou de l’histoire justement.

 

Références

i « Inde: les enjeux de la visite de François Hollande » – http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20160124-inde-visite-francois-hollande-Narendra-Modi-rafales-economie

ii La liste des dirigeants membres de la délégation est à ce titre significative : https://pbs.twimg.com/media/CZWg_UvW0AEDewr.jpg:large

iii On jugera sur : https://twitter.com/MA_Jamet avec en particulier https://twitter.com/MA_Jamet/status/691922462884401152

iv « Hollande Visit: Pathankot, Paris Put Terrorism High On Agenda” – http://www.ndtv.com/india-news/hollande-visit-pathankot-paris-put-terrorism-high-on-agenda-1268489

v “Paris attacks: France terror assaults attack on humanity, Narendra Modi says” – http://timesofindia.indiatimes.com/india/Paris-attacks-France-terror-assaults-attack-on-humanity-Narendra-Modi-says/articleshow/49781610.cms

vi « Combattre l’Etat Islamique: la perspective de l’Inde », Pradhuman Singh, Pierre Memheld, Revue Défense National N°779, Avril 2015

vii « PM Narendra Modi pays tribute to Indian soldiers slain in World War-I » – http://articles.economictimes.indiatimes.com/2015-04-11/news/61041490_1_indian-soldiers-war-memorial-prime-minister-narendra-modi

viii Dans les domaines de l’éducation ou de l’architecture, le Président Hollande ayant commencé sa visite par Chandigarh, ville conçue par Le Corbusier.

ix « La France et l’Inde dans son Océan » – https://exmergere.info/2015/07/20/la-france-et-linde-dans-son-ocean/

x « L’Arme Blindée Cavalerie Indienne », Pierre Memheld, Batailles & Blindés N°71, Février Mars 2016.

xi « French regiment is back in India after 232 years » – http://timesofindia.indiatimes.com/india/French-regiment-is-back-in-India-after-232-years/articleshow/50734908.cms

xii « Le Rafale s’envole pour l’Inde, mais sans le MMRCA ? » – https://exmergere.info/2015/04/14/le-rafale-senvole-pour-linde-mais-sans-le-mmrca/

Le MMRCA : une nouvelle saison ?!

India MMRCA

La saison précédente du MMRCA[i] s’était terminée sur un rebondissement comme seules les bonnes séries savent le faire : en lieu et place d’un contrat résultant de 3 ans de négociations exclusives à l’issue d’un long processus de sélection dans le cadre d’un appel d’offres pour acquérir 126 appareils, les gouvernements indien et français sont entrés en discussions directes pour la vente de 36 appareils seulement en « conditions de vol »[ii].

Le 30 Juillet, le Ministre de la Défense Indien, Manohar Parrikar, annonçait l’abandon de l’appel d’offres MMRCA. Cette annonce, logique si l’on considère que cet appel d’offres avait été vidé de son sens par l’annonce du Premier Ministre Modi en Avril à Paris, a surtout permis aux critiques des gouvernements indiens et français de souligner leurs échecs, plus au niveau politique qu’industriel ou militaire.

Mais le 3 Août des « sources informées » ont laissé entendre à la presse indienne qu’un nouvel appel d’offres pour 90 appareils serait lancé après la publication des nouvelles procédures d’achats du Ministère de la Défense[iii]. L’information met clairement l’accent sur le rôle du secteur privé de la défense dans le cadre de la politique du « Make In India ». Cette annonce, si elle devait se confirmer, serait le rebondissement de la nouvelle saison de la série « MMRCA ».

Les enjeux militaires et industriels

Bien que Dassault et Hindustan Aeronautics Limited (HAL) aient eu 3 ans pour mettre sur pied un mécano industriel permettant de respecter les procédures d’achat du Ministère de la Défense Indien[iv], il est apparu que des obstacles, et conditions, ont empêché la conclusion d’un tel accord. Or l’Armée de l’Air Indienne (IAF) doit remplacer dans les années à venir jusqu’à 250 ou 300 de ses appareils de chasse. Donc tout délai dans les discussions reportait d’autant les livraisons.

Entre autres obstacles, il semble que HAL ne parviendrait pas à tenir son rôle dans le mécano industriel. Le plan initial prévoyait la construction d’une petite série en France puis progressivement une construction des appareils restant en Inde. Cela impliquait le transfert de savoirs faire et de technologies vers les industriels indiens impliqués, processus nécessitant d’identifier pour chaque membre du GIE Rafale d’un partenaire indien capable d’assurer la production des éléments.

Une interprétation d’un achat en « conditions de vol » de 36 Rafale est la construction de l’ensemble des éléments des avions, et leurs intégrations, en France. Or cela contredit la règle des procédures d’achats spécifiant que pour les contrats publics de défense il faut de 30 à 50% de compensations industrielles. Ces offsets seuls nécessitent l’achat d’éléments à des partenaires indiens qualifiés, ce qui nécessiterait transferts de savoirs faire et de technologies.

Les enjeux politiques internes et internationaux

L’appel d’offres MMRCA est symbolique de par ses enjeux militaires et industriels mais également sur le plan de la politique interne. En effet, Narendra Modi a centré sa politique économique sur l’objectif de faire de l’Inde une puissance industrielle pour qu’elle devienne autonome et exportatrice[v]. Renoncer au « Make In India » pour le MMRCA aurait eu un impact important pour Modi d’autant qu’il est déjà critiqué pour le manque de résultat de cette politique.

Seulement acheter un avion de chasse, qu’il soit de 4ème ou 5ème génération, n’est pas une simple action commerciale. Une des raisons des multiples saisons à rebondissement du MMRCA, qui dure depuis plus de 10 ans, est la forte influence du politique sur le contrat que ce soit au plan interne et international. L’Inde devient peu à peu un acteur diplomatique central[vi], dans l’Océan Indien[vii] et pour l’Asie Pacifique[viii], car elle est un partenaire important pour plusieurs pays.

Les Etats Unis, la France, la Russie, l’Iran, le Japon, l’Australie ou les Seychelles se rapprochent de l’Inde, que ce soit pour leurs objectifs locaux, régionaux ou internationaux. De par ses relations historiques, économiques ou militaires, parfois anciennes, avec eux, l’Inde est un pays avec lequel on peut passer des accords sur tous les sujets. Et si son économie se développe, ses besoins sont encore importants, à commencer pour moderniser son armement.

Nouvelle saison ou nouvelle série ?

Si l’Inde veut rationaliser son aviation, même avec 126 appareils le MMRCA n’aurait remplacé que la moitié, voire le tiers, des besoins de l’IAF. D’autre part confier un tel contrat à un seul fournisseur contredit la politique indienne visant à se rapprocher de tous ses partenaires. Sur le seul plan aéronaval les Etats Unis ont proposé à l’Inde leurs technologies de catapultes pour ses futurs portes avions, essentiels pour réaffirmer sa position dans l’Océan Indien.

Le nouvel appel d’offres permettrait de concilier ces deux approches : avoir assez rapidement 36 appareils pour pallier aux besoins immédiats tout en relançant la compétition entre les différents constructeurs/pays de l’appel d’offres précédents. En effet, il semblerait que tous les constructeurs soient à nouveau invités à concourir[ix] : Rafale, Gripen, F-16, F-18, Eurofighter et MiG-35. Chaque constructeur a d’ailleurs continué à pousser, et améliorer, son offre.

Les futures procédures d’achats devraient encore plus mettre l’accent sur la production locale, par le biais d’offsets et de transferts, mais également peut être au sens strict, c’est-à-dire par l’implantation de chaînes de montage complètes en Inde. Si cela va à l’encontre d’une rationalisation de la flotte de combat indienne, cela réaffirme la politique du « Make In India » tout en approfondissant les liens économiques, stratégiques et géopolitiques avec les différents pays partenaires.

***

S’il est à noter que l’accord annoncé en Avril n’a pas encore été concrétisé par un contrat, il n’est pas exclu de penser que Dassault sera à nouveau sélectionné comme fournisseur pour le nouvel appel d’offres. Mais si l’on considère les lenteurs administratives, les jeux géo-politiques, les rebondissements et les contraintes pratiques d’un tel contrat sur plus de 10 ans, le nouvel appel d’offres pourrait connaître la même « longévité ».

Il ne faut pas juger des avancées de cet appel d’offres à la seule lumière des luttes politiques internes des pays concurrents dont la portée est bien inférieure à celle d’un tel contrat qui engagent deux pays sur plusieurs dizaines d’années. Les luttes d’influence entre les pays compétiteurs joueront un rôle central bien au-delà de la « simple » construction d’un avion de chasse. Et peut être ont-elles déjà joué un rôle dans la décision qui se dessine ?

Références

i Medium Multi-Role Combat Aircraft

ii « India to buy 36 Rafale jets in fly-away conditions from France », http://economictimes.indiatimes.com/articleshow/46881597.cms

iii « ‘Make in India’ for 90 medium combat jets », http://timesofindia.indiatimes.com/india/Make-in-India-for-90-medium-combat-jets/articleshow/48318408.cms

iv Defence Procurement Procedures

v « Airbus, Kamov, BAE: tous « Make in India »? », https://exmergere.info/2015/05/18/airbus-kamov-bae-tous-make-in-india/

vi « L’Inde, acteur diplomatique central ? », http://www.anaj-ihedn.org/cca-10/

vii « La France et l’Inde dans son Océan », https://exmergere.info/2015/07/20/la-france-et-linde-dans-son-ocean/

viii « Inde – Etats Unis : convergences ou divergences ? », https://exmergere.info/2015/06/07/inde-etats-unis-convergences-ou-divergences/

ix « India Is Set to Re-Compete MMRCA! », http://defense-update.com/20150802_mmrca-3.html

La France et l’Inde dans son Océan

VARUNA 2015

VARUNA 2015

L’exercice VARUNA[i] entre les marines Indiennes et Françaises s’est terminé le 2 Mai 2015. Il s’agissait de la 14ème édition de cet exercice bilatéral destiné à « renforcer l’interopérabilité. En partageant leurs expériences et en s’entrainement dans l’application de procédures communes, les deux forces armées solidifient leur coopération ». Du côté français, le Charles de Gaulle (PACDG), et ses Rafale[ii], était accompagné de deux frégates et d’un pétrolier ravitailleur[iii]. Le PACDG venait du Golfe Persique où il participait à l’opération Chammal[iv].

De son côté, l’Inde engageait pour cet exercice les bâtiments suivants : le porte avions Viraat, et ses Sea Harriers[v], un destroyer, deux frégates, un pétrolier ravitailleur et un sous marin. Au-delà de la coopération entre deux pays présents militairement dans l’Océan Indien, il s’agit pour l’Inde de réaffirmer son rôle dans cette région. Cet océan est stratégique pour l’Inde avant tout au regard du déploiement de moyens navals et de renseignement chinois jusqu’au plus près de ses côtes (Sri Lanka, Pakistan, Bangladesh, Myanmar)[vi].

La menace grandissante de la Chine ?

Un rapport américain a récemment souligné le renforcement des moyens militaires chinois dans l’Océan Indien pour les prochaines années[vii]. Mais il ne s’agit pas seulement de déploiement de navires, ou stations d’écoute, mais également de moyens et accès logistiques. La Chine a financé l’agrandissement du port de Gwadar, relié à son territoire par route et rail, et projette de faire de même au Myanmar, en parallèle d’un gazoduc pour exploiter les champs au large de ce pays[viii].

On le voit ici les Etats Unis veulent à tout prix se rapprocher de l’Inde pour contenir l’expansion chinoise en Asie Pacifique. Mais l’Inde elle cherche à déployer sa propre politique dans la région, et dans l’Océan Indien, pour défendre ses intérêts. Les deux approches sont complémentaires mais pas nécessairement compatibles. L’Inde cherche par exemple à maintenir sa relation avec la Russie[ix] et finance sa propre stratégie de contre-encerclement avec le financement d’un port en Iran, deux pays confrontés aux Etats Unis.

Pour en revenir à la Chine, l’Inde réagit désormais aux déploiements navals, et aux incursions terrestres, en accroissant ses propres moyens militaires dans ces deux dimensions[x]. Mais dans le même temps, les deux pays sont d’importants partenaires économiques de l’autre et les coopérations dans cette dimension tendant à se développer. Ainsi la visite du Premier Ministre Modi en Chine à la mi Mai 2015 avait comme objectif l’économie[xi], tout en abordant la problématique des frontières par le biais des investissements dans ces zones.

Il n’en reste pas moins que le développement de la présence chinoise dans l’Océan Indien est perçu comme une menace[xii]. L’océan est l’ »arrière cour » voire même la « profondeur stratégique »[xiii] de l’Inde. Or l’Inde n’est pas « maitresse » de cette continuation naturelle de ses intérêts économiques et stratégiques. En effet, malgré des relations historiques et une forte diaspora sur tout son pourtour, l’Inde ne contrôle réellement que les îles Andaman et Nicobar au débouché du très stratégique détroit de Malacca[xiv].

L’Inde cherche à moderniser ses navires existants et à en construire de nouveaux. Elle renforce ses capacités de surveillance en déployant de nouveaux radars côtiers, non seulement en Inde[xv], mais également aux Seychelles, Maldives, Maurice et même Sri Lanka[xvi]. Les pays de l’ »Indian Ocean Region » sont au centre du jeu politique et militaire de plusieurs pays dont l’Inde et la Chine. Le Premier Ministre Narendra Modi a visité les Seychelles, Maurice et le Sri Lanka à la mi Mars pour renforcer les liens avec cet « étranger proche »[xvii].

Quels alliés dans l’Océan Indien ?

Bien entendu l’Inde cherche plus loin que ces voisins pour tenter de contrer la Chine, par exemple par de multiples coopérations avec les Etats Unis. Celle-ci s’appuyant sur le Pakistan, l’Inde a décidé dans le même temps de s’appuyer sur l’Iran à l’ouest[xviii]. Les deux pays ont en commun l’intérêt de l’avenir de l’Afghanistan[xix] ou le combat contre l’Etat Islamique[xx]. L’Iran voulant contrôler l’entrée du Golfe Persique, l’Inde finance à Chabahar, sur la côte océanique, le développement d’un port relié à l’Afghanistan par une autoroute[xxi].

La France, les Etats Unis, le Royaume Uni, l’Australie sont présents militairement. Les Maldives, les Seychelles ou même Madagascar et l’Indonésie n’ont pas de capacités notables en matière maritime[xxii]. La piraterie dans l’ouest de l’océan tend à montrer la difficulté pour les pays africains à maitriser leurs eaux[xxiii]. Et les pays directement frontaliers de l’Inde sont soit en conflit avec elle (Pakistan, Bangladesh) soit ne sont pas des alliés objectifs[xxiv], comme d’ailleurs aucun de ses voisins proches même s’ils partagent des intérêts communs.

A l’est de l’océan, l’Inde renforce toutefois ses relations avec l’Indonésie et la Malaisie, pays qui plus est musulmans[xxv], mais aussi les Philippines et le Vietnam en Mer de Chine du Sud. Les Etats Unis ont une forte présence navale dans la région, avec la 5ème flotte stationnée au Bahreïn plus la 6ème et 7ème flotte se partageant la responsabilité de l’océan, ou encore la base navale de Diego Garcia. L’Australie et l’Inde se sont également récemment rapprochées sur les plans économiques, militaires et nucléaires.

La France elle maintient une forte présence avec ses bases à la Réunion et Djibouti pour couvrir ses DOM/TOM et TAAF de la zone. Cette présence tant militaire que territoriale est à l’origine d’une coopération dans plusieurs domaines et intérêts partagés : « la France doit mettre en avant sa stratégie dans l’Océan Indien, tout en mettant en avant l’Inde dans le cadre de la coopération bilatérale tout en l’intégrant avec les autres partenariats en cours de développement dans la région »[xxvi].

L’Inde cherche à renforcer ses capacités navales, s’appuyant sur une diplomatie sécuritaire et économique active[xxvii], dans sa zone naturelle d’influence. L’ancienneté de la coopération franco-indienne dans les industries de défense pourrait créer de nouvelles opportunités. L’Inde a déjà acheté à la France des sous-marins et des avions[xxviii]. Ne pourrait-il pas y avoir, dans la continuité d’un prochain achat du Rafale, la possibilité de pousser la coopération navale plus loin, avec des moyens mutualisés voire des moyens développés en commun[xxix] ?

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Une coopération renforcée dans l’Océan Indien permettrait aux deux pays d’améliorer leurs présences mutuelles pour la surveillance de leurs zones économiques exclusives, de leurs terres émergées sans présence humaine permanente, et des voies maritimes à risque. Si l’on considère les coopérations développées avec les archipels cités, et les pays « proches » de l’Inde, on peut considérer que la quasi-totalité de l’Océan Indien ainsi serait couverte pour ne pas dire contrôlée et protégée.

Mais il est un dernier domaine dans lequel la France et l’Inde ont des intérêts à partager, leurs présences respectives en Antarctique. Chaque pays y possède une base et y envoie des missions scientifiques. L’Antarctique est dans la continuité de la logique du « retour » de l’Inde dans « son » océan où la France est également présente par ses différents archipels. La France maintient des troupes et des navires dans la région ainsi qu’une présence humaine aux Kerguelen et sur le continent Antarctique.

Références

i Varuna (devan?gar? ???? [??ru??]) est l’une des divinités les plus importantes du panthéon du védisme en tant que dieu du ciel et est dans l’hindouisme le dieu de l’océan1, le gardien de l’orient (lokapala) de l’ouest.

ii Ainsi que des Super Etendard et Hawkeye.

iii Le GAN est actuellement composé du porte-avions Charles de Gaulle, de la frégate de défense aérienne Chevalier Paul, de la frégate anti sous-marine Jean de Vienne et du pétrolier ravitailleur Meuse.

iv « Irak : Le porte-avions Charles de Gaulle a quitté l’opération Chammal » – http://www.opex360.com/2015/04/20/le-porte-avions-charles-de-gaulle-quitte-loperation-chammal/

v Ainsi que des appareils de reconnaissance maritime P-8I Neptune et Dorniers.

vi La Chine a ainsi créé des bases navales en Birmanie (Sittwe), au Bangladesh (Chittagong), au Sri Lanka (Hambantota) et au Pakistan (Gwadar): « L’Inde et son Océan » – http://www.iris-france.org/linde-et-son-ocean/

vii « China may expand its military access in Indian ocean: Pentagon report » – http://economictimes.indiatimes.com/articleshow/47275603.cms?utm_source=contentofinterest&utm_medium=text&utm_campaign=cppst

viii « With Oil And Gas Pipelines, China Takes A Shortcut Through Myanmar » – http://www.forbes.com/sites/ericrmeyer/2015/02/09/oil-and-gas-china-takes-a-shortcut/

ix Le Président Indien, Pranab Mukherjee, en visite officielle à Moscou pour la commémoration de la victoire de 1945, a ainsi déclaré : « Our relationship stands apart. Russia is and will be a dependable partner in defence matter and energy security despite the relationships with other countries developed by Russia or developed by India » – http://ibnlive.in.com/news/russia-a-dependable-partner-of-india-president-pranab-mukherjee/545036-3.html

x « L’Inde : puissance militaire ? », Pierre Memheld, Revue Défense Nationale N°774, Novembre 2014

xi « As it happened: Narendra Modi’s China Visit — Day 1 » – http://timesofindia.indiatimes.com/narendra-modi-china-visit%E2%80%94day-1/liveblog/47277043.cms

xii La Chine a une stratégie, dite du « collier de perles », visant à déployer ma marine non seulement en Asie du Sud-est mais également dans l’Océan Indien.

xiii L’expression profondeur stratégique désigne, dans la littérature militaire, et pour une armée donnée, la distance qui sépare les lignes de front (ou lieux de bataille) des principaux centres industriels, villes capitales, et autres concentrations de population ou de production militaire.

xiv Ainsi que le petit archipel Lakshadweep au nord des Maldives.

xv « New Gurgaon hi-tech maritime surveillance centre watches over nation’s 7,000 km coast », Ramnath Pai Raikar, The Navind Times, Mars 2015

xvi « India Developing Network of Coastal Radars », Oscar Nkala, Defense News,  Mars 2015

xvii « Modi’s three-nation tour: kicking off the maritime great game? », Rajeshwari Krishnamurthy, Eurasia Review, Mars 2015

xviii Au-delà de la question maritime, l’Inde achète du pétrole à l’Iran, bravant les sanctions en place.

xix Sur les relations Inde Iran : « L’Inde, acteur diplomatique central? », Pierre Memheld, Les Cahiers du Comité Asie de l’IHEDN, Mars 2015

xx « Combattre l’Etat Islamique : la perspective de l’Inde », Pradhuman Singh et Pierre Memheld, Revue de la Défense Nationale, Avril 2015

xxi « Why this Iran port is important », The Economic Times, Octobre 2014

xxii Pays rassemblés dans l’Indian Ocean Rim Association

xxiii Et alors même que l’Inde perçoit la piraterie de plus en plus comme une menace : « Somali pirates shifting location towards India, Manohar Parrikar says », PTI, Times of India, Mars 2015

xxiv Le Pakistan, « ennemi héréditaire », ayant même obtenu l’autorisation des Nations Unies d’étendre les limites de ses eaux territoriales : « Pakistan welcomes UN approval for extending maritime zone », Economy Lead, Mars 2015

xxv Op. cit.

xxvi Sur la nature et les limite de cette relation : « The French Strategy in the Indian Ocean and the Potential for Indo-French coopération », Isabelle Saint-Mézard, RSIS / IFRI, Mars 2015

xxvii Elle utilise l’attrait de son marché intérieur, et le développement de son industrie, pour se créer des partenariats stratégiques bien au-delà de ce seul océan : Etats Unis, Russie, Japon, Brésil.

xxviii 36 Rafale dont le contrat reste à signer, et 56 Airbus C295 construits en partenariat avec le groupe Tata.

xxix « India pleads for common naval platform in Indian Ocean », Business Standard, Mars 2015

Organisations criminelles et opérations militaires

Passe de Salvador

Le 14 mai, en fin de matinée, un convoi de deux pick-up a été intercepté au sud de la passe de Salvador. A l’issue d’un violent accrochage, les forces françaises et nigériennes ont mis hors de combat six individus lourdement armés. La fouille des véhicule a permis la saisie de 1,5 tonne de drogue, d’armes de guerre (fusils mitrailleurs de type PKM et Kalachnikov), ainsi que de moyens de communication. – Crédit: Etat-major des armées/ECPA-D

La criminalité organisée dispose de capacités d’action de type militaire entrant désormais en confrontation avec les forces armées déployées en opération extérieure. De nouveaux modes d’action doivent ainsi être développés pour garantir à nos unités de conserver leur liberté d’action face à ces entités criminelles.

La suite est sur: Organisations criminelles et opérations militaires (T 671)

La France sous influence russe ou le concept de souveraineté à la carte

Depuis le début de la guerre civile en Ukraine, il a été constaté dans les médias français, de façon assez récurrente en quantité et prononcé en gravité, un haro sur les russes dont on ne prit à peine soin de distinguer les autorités du peuple. Peuple qui il est vrai reste particulièrement attaché à son dirigeant, ce qui est souvent mis au crédit d’une immaturité dudit électorat qui serait damné, comprendre abonné ad vitam aeternam à la tyrannie. Un raccourci qui confine souvent au mépris et à la méconnaissance de la réalité historique et contemporaine de la civilisation russe.

via La France sous influence russe ou le concept de souveraineté à la carte.