L’Inde en Antarctique

India Antarctica Station

Bharati Antarctica Station

India Antarctica Station

Maitri Antarctica Station

 

 

 

 

 

 

Le 3 et 4 Septembre 2015, le Center for Ocean and Environmental Studies, dépendant de l’Université de New Delhi, a commémoré les 30 ans des recherches de l’Inde en Antarctique. Le séminaire, organisé par le département de botanique de l’université, a abordé non seulement l’antarctique mais également les problématiques liées à la biodiversité, les ressources, le changement climatique et les menaces sur les écosystèmes de l’Himalaya indien, bordé par les états parmi les plus peuplés de la république, constituant une frontière stratégique face à la Chine et au Pakistan.

La période 1983-1985 correspond à la réalisation par l’Inde de six expéditions en Antarctique avec dès 1983 l’établissement d’une première base permanente, suite à sa signature du Antarctic Treaty System[i]. L’Inde avait déjà mené 2 missions en 1981 et 1982 vers ce continent au sud de son océan. En 2015, après 35 expéditions, l’Inde fait partie des nations les plus actives sur le continent avec 3 stations permanentes : Dakshin Gantori, Maitri (illustration) spécialisée dans la géologie et la médecine et Bharati (illustration) spécialisée dans l’océanographie.

Symbole de l’importance que le gouvernement indien attribue à l’Antarctique, le Premier Ministre Modi devrait s’y rendre courant Octobre après sa visite aux Etats Unis. Cette visite a comme prétexte l’étude de l’évolution du climat en Inde, celle-ci subissant depuis plusieurs années une baisse des précipitations durant la mousson, changement qui trouverait son origine en Antarctique. Modi devrait en profiter pour inaugurer une nouvelle station de recherche. Mais l’Inde s’intéresse à d’autres aspects en Antarctique mais aussi en Arctique.

Historique de la présence

L’origine des missions indiennes en Antarctique remonte à la coopération entre la Indian Space Research Organisation et le Hydometeorological Centre of Russia qui a permis à des scientifiques indiens de participer aux missions soviétiques, dont la 17ème de 1971 à 1973. Aujourd’hui le programme de recherche est géré par le National Centre for Antarctic and Ocean Research, organisme de recherche dépendant du Ministère des Sciences de la Terre. Le Department of Ocean Development participe à la sélection des chercheurs envoyés sur place.

En 1983 l’Inde a obtenu le statut de partie consultative du Scientific Committee on Antarctic Research (SCAR) et en 1986 membre de la Convention on the Conservation of Antarctic Marine Living Resources (CCAMLR). Elle a ratifié en 1997 le Protocol on Environmental Protection to the Antarctic. Elle coopère également la Intergovernmental Oceanographic Commission (IOCINDIO) et fait partie de la United Nations Convention on the Law Of the Seas (UNCLOS)[ii]. Elle mène dans ses stations des recherches sur l’origine des continents, le changement climatique et la météorologie.

L’Inde s’intéresse à l’Antarctique dans la continuité du renouveau de son influence dans l’Océan Indien. Plusieurs des pays actifs dans cet océan le sont également en Antarctique (Etats Unis, Australie, Royaume Uni et France). Un des moteurs de ce renouveau est la stratégie chinoise dans la région. Or la Chine est également de plus en plus active en Antarctique[iii] : elle vient d’ouvrir sa quatrième base, en planifie une cinquième et construit son deuxième brise-glace. Signataire du traité antarctique, la Chine ferait de l’exploration des ressources sous couvert scientifique.

Enjeux des arctiques

L’Inde, bien que signataire du traité de l’Antarctique interdisant l’exploitation des ressources locales, pourrait arguer qu’elle était directement rattachée au continent[iv]. Aujourd’hui 7 pays revendiquent des portions du continent (Norvège, Australie, France, Nouvelle Zélande, Chili, Royaume Uni et Argentine). La Russie et les Etats Unis, ayant chacun plusieurs bases, s’étant réservé le droit de le faire (le Brésil a récemment revendiqué une zone d’intérêt). Ces revendications n’ont aucune reconnaissance internationale d’où l’intention indienne de les remettre en cause.

En effet, il apparait que des gisements de pétrole[v], et de manganèse[vi], existeraient dans le sous sol antarctique (ressources identifiées par le biais des recherches géologiques). La faisabilité, et la rentabilité, de l’exploitation de ces ressources reste à déterminer. Quant au respect des règles en vigueur, il ne s’applique en principe qu’aux pays signataires des traités et protocoles. Il en va de même pour les eaux territoriales des portions qui seraient reconnues. La convention UNCLOS s’appliquerait ainsi à ces eaux et des zones économiques exclusives seraient ainsi créées.

En arctique, l’Inde a un statut d’observateur permanent de son conseil éponyme depuis 2013 avec d’autres pays comme la Chine, l’Italie, le Japon, la Corée du Sud ou Singapour. Le Président Pranab Mukherjee s’est rendu en visite d’état en Norvège et Finlande, démontrant ainsi l’intérêt de l’Inde pour les questions arctiques. Si la motivation officielle de son implication dans cette région est scientifique[vii], il faut rappeler qu’elle est le quatrième pays consommateur d’énergie au monde. Le réchauffement climatique facilitant l’accès aux ressources de la région, l’Inde se positionne.

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Que ce soit au niveau régional ou international l’Inde cherche à développer des relations diplomatiques et économiques avec ses voisins et avec des pays pouvant soutenir son développement ou ses revendications. Elle cherche en particulier à contrer l’influence croissante et l’encerclement[viii] de la Chine dans l’Océan Indien en misant entre autres sur sa diaspora et ses liens historiques ou religieux avec les états océaniques. De même, elle s’intéresse à l’Antarctique et l’Arctique pour sécuriser l’accès à des ressources énergétiques, par exemple par la signature d’un accord avec la Russie lors de la visite du Premier Ministre Modi à Moscou fin 2014.

Références

i Antarctic Treaty System – https://en.wikipedia.org/wiki/Antarctic_Treaty_System

ii http://www.un.org/depts/los/convention_agreements/texts/unclos/closindx.htm

iii China is making moves in Antarctica – http://uk.businessinsider.com/china-is-making-moves-in-antarctica-2015-5?r=US&IR=T

iv « Indian Antarctic Program: Scientific and Politico Strategic Fallouts, and Economic Spinoffs », The Indian Institute of Science, Bangalore, Mai 2013

v Why do so many nations want a piece of Antarctica? – http://www.bbc.com/news/magazine-27910375

vi Manganese Deposits of Variable Composition from North of the Indian-Antarctic Ridge – http://www.nature.com/nature-physci/journal/v242/n120/abs/physci242106a0.html

vii Elle y a une station de recherche, Himadri, depuis 2008 au Spitsberg.

viii Inde-Chine, entre encerclement et contre-encerclement, Général (2S) Jean Vincent Brisset, Pierre Memheld, Revue Défense National, Septembre 2015