L’Inde au pays du matin calme

India's Prime Minister Narendra Modi and South Korea's President Park Geun-hye - AFP Photo

La participation de l’Inde à la guerre de Corée en 1950 ne fut pas la plus importante parmi les 16 pays impliqués dans le conflit, mais elle fut significative à deux niveaux. Tout d’abord, il s’agissait de la première mission mais de loin pas de la dernière de la toute jeune armée Indienne sous le drapeau des Nations Unis. Ensuite, cette implication même modeste, créa une relation particulière entre la Corée du Sud et l’Inde. Cette relation vient de se renouveler avec la visite du Premier Ministre Modi à Séoul du 18 au 19 Mai[i].

Le 20 Novembre 1950, la 60th Parachute Field Ambulance, faisant partie de la 50th Parachute Brigade de l’Indian Army, débarquait à Pusan pour être déployée à Pyongyang avant d’être divisée en deux sous unités[ii]. Le Forward Element devait y servir au côté de la 27th British Brigade et l’Administrative Element fût déployé à Daegu pour aider les populations locales, traiter les prisonniers nord-coréens aux côtés de l’hôpital militaire sud-coréen. Forte au maximum de 627 personnels, l’unité devait participer à plusieurs opérations jusqu’en Août 1953.

A la signature de l’armistice en Juillet 1953, les pays membres de la Neutral Nations Repartiation Commission (NNRC : Tchécoslovaquie, Pologne, Suède, Suisse et Inde) choisirent l’Inde pour diriger la NNRC et superviser l’échange de prisonniers de guerre. L’Inde déploya près de 6000 personnels, dans la Custodian Forces-India (CFI), incluant les personnels de la 60th Parachute Field Ambulance : cette force prit en charge 25000 prisonniers et gagna le respect des pays impliqués, à commencer par la Corée du Sud.

Malgré cette implication, des relations diplomatiques ne furent établies entre l’Inde et la Corée du Sud qu’en 1973. L’Inde faisant partie des pays non alignés, étant proche de la Russie, et ayant une relation compliquée avec la Chine, des divergences politiques rendirent ce rapprochement long. Mais depuis quelques années, des intérêts économiques et stratégiques partagés ont contribué à accélérer ce rapprochement. Ces relations, dont des coopérations militaires[iii], ont pris la forme de visites officielles, au moment de dates clefs, et de partenariats ou investissements industriels.

Le Président Coréen Lee Myung-bakin fut l’invité d’honneur du Republic Day indien en 2010 et le rôle de l’Inde fut souligné lors des célébrations du 60ème anniversaire de la guerre de Corée. Des visites de ministres, dont ceux de la défense, de conseillers nationaux à la défense, de chefs d’état-major ont eu lieu depuis 2010. En Janvier 2014, la Présidente coréenne Park GeunHye s’est rendue en visite d’état en Inde. Des exercices militaires communs, entre les marines des deux pays par exemple, ponctuent désormais la coopération stratégique.

La Corée du Sud, malgré son éloignement et sa proximité stratégique avec les Etats Unis, fait partie intégrante de la Look East Policy indienne. L’Inde cherche à attirer les investissements coréens pour développer son industrie, par exemple dans les secteurs métallurgique ou portuaire[iv]. D’autres coopérations existent dans les domaines spatial et informatique. Comme pour les pays d’Asie du Sud Est et de l’ASEAN, il s’agit de contrer l’expansion économique et territoriale de la Chine. Mais il s’agit de la politique de l’Inde, pas seulement d’une volonté américaine.

La multiplication de visite d’officiels indiens a pour objectif de renforcer le rôle de l’Inde dans les organisations internationales ou régionales[v], un de ses buts étant d’obtenir un siège permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Si l’Asie du Sud Est compte, l’Océan Indien, et même l’Afrique, où elle investirait désormais plus que la Chine, sont également à l’agenda du gouvernement Modi. Les relations avec le Japon qui réagit fermement, en se réarmant, face aux agissements de la Chine, connaissent également un renforcement.

Au demeurant, la récente visite de Narendra Modi en Chine montre bien que les deux pays tentent de trouver des terrains d’ententes dans le domaine économique et même sur la question sensible des frontières[vi]. La Chine a annoncé plus de 40 milliards d’investissements en Inde entre la visite de XI Jinping en 2014 et celle de Modi. Et de la même manière que l’Inde et la Chine entretiennent des relations économiques, tout en s’opposant militairement, l’Inde entretient des relations, certes limitées mais durables, avec la Corée du Nord.

Références
i « In South Korea, PM Narendra Modi says now it’s time to ‘Act East' », http://www.hindustantimes.com/india-news/pm-modi-arrives-in-south-korea-to-enthusiastic-welcome/article1-1348274.aspx
ii Parachute Regiment of India, http://en.wikipedia.org/wiki/Parachute_Regiment_(India)
iii India-ROK Defence Relations, http://www.indembassy.or.kr/pages.php?id=64
iv « India-South Korea Relations: A New Beginning », http://www.idsa.in/idsacomments/IndiaSouthKoreaRelations_pbaruah_290114.html
v « L’Inde, acteur diplomatique central ? », http://www.anaj-ihedn.org/cca-10/
vi « 7 reasons why Modi’s visit to China was different », http://www.rediff.com/news/column/modi-in-china-7-reasons-why-modis-visit-to-china-was-different/20150518.htm